Fait au Québec, Intervention, Préscolaire

Méta-analyse : Quoi faire pour développer les habiletés narratives ?

Titre de l’article : Scaffolding Narrative Skills: A Meta-Analysis of Instruction in Early Childhood Settings (Pesco et Gagné, 2017)

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Pourquoi en parler ? : Parce que la narration est une composante du langage qui est souvent affectée chez les enfants avec un trouble développemental du langage et que les habiletés narratives sont essentielles tant pour la réussite académique que pour le développement des relations interpersonnelles.

Un brin de méthodologie : L’étude avait comme objectif de fournir une revue systématique de la littérature incluant la compilation des stratégies utilisées, de déterminer les effets de l’intervention sur les habiletés narratives réceptives et expressives des enfants et d’évaluer l’impact de certaines variables (durée de l’intervention, stratégie utilisée en concomitance, etc.). La narration des enfants était évaluée selon les critères suivants :

  • Produire et comprendre une séquence d’évènements dans le bon ordre
  • Connaître et maîtriser la structure narrative (ex.: problème-tentative-résolution-fin, objectif et états internes du personnage)
  • Réaliser des inférences : Saisir des informations qui ne sont pas transmises explicitement
  • Utiliser des marques évaluatives (en anglais : evaluative devices). Le locuteur utilise ces marques (ex. : répétition, prosodie, etc.) pour indiquer quelles parties de l’histoire et quelles émotions sont très importantes dans l’histoire. C’est également grâce à ces marques que l’interlocuteur va saisir l’intention du narrateur (ex. : faire rire).

Une recherche par mots-clés dans différentes bases de données a été effectuée (voir Annexe A de l’article pour les mots-clés). Les articles devaient avoir été publiés entre 1980 et 2013 et concerner les enfants de 2 à 6 ans. Les participants pouvaient avoir un développement typique ou pas. Les études retenues devaient avoir comme objectif d’améliorer la narration selon un ou plusieurs des facteurs listés ci-haut et utiliser un devis de recherche expérimental (étude contrôlée avec attribution au hasard des enfants ou des groupes d’enfant). De plus, les études retenues devaient comparer deux groupes recevant un traitement pour la narration. Les résultats de l’étude sont présentés partiellement dans ce billet:

Résultats et discussion : Suite à la recherche d’articles et au tri de ceux-ci, 15 articles (totalisant 806 participants entre 41 et 74 mois d’âge) correspondaient aux critères et ont été analysés. Les études avaient entre 10 et 123 participants.

Stratégies d’intervention utilisées dans les études

  • Étayage verbal. Définit selon les auteurs comme un dialogue ayant lieu avant, pendant ou après la lecture d’un livre. Le dialogue a pour but de faciliter la compréhension ou la production de narration ou d’un élément de l’histoire (ex. : état interne des personnes/personnages). L’étayage verbal est appelé de différentes manières dans les études : discussion, lecture interactive, etc. Voici des exemples d’étayage verbal pour favoriser la narration:
    • Attirer l’attention de l’enfant sur les parties importantes de l’histoire

    • Demander aux enfants s’ils ont vécu quelque chose de semblable au personnage dans leur vie
    • Identifier ou demander aux enfants les objectifs du personnage ou ses émotions
  • Enseignement explicite/direct
  • Modeling
  • Pratique répétée de narration
  • Indices visuels ou tactiles (ex.: accessoires de l’histoire, comme un panier pour le Petit chaperon rouge, un bol pour Boucle d’Or, etc.)
  • Jouer l’histoire

Efficacité des stratégies

L’intervention était souvent effectuée à l’aide de livres d’histoire et l’étayage verbal était la stratégie la plus utilisée avec l’enseignement explicite.

L’intervention ciblant les habiletés narratives réceptives et expressives est efficace auprès des enfants d’âge préscolaire (incluant les enfants de la maternelle). Les habiletés documentées dans les études sont : la séquence temporelle, la connaissance de la grammaire narrative, le rappel de récit et les inférences. L’amélioration notée suite à l’intervention est bonne (facteur de 0,5). L’étayage verbal lors de la lecture d’histoire était l’intervention la plus utilisée dans les études. L’étayage verbal était plus efficace s’il était utilisé simultanément avec une autre stratégie non-verbale (ex. : utilisation d’accessoires pour rejouer l’histoire).

Moment des interventions

Aucune différence de résultats n’a été trouvée entre les interventions ayant lieu pendant ou après l’histoire. Toutefois, les auteurs mentionnent que peu d’études comparaient ces variables et que les résultats pourraient varier selon l’habileté narrative qui est ciblée lors de l’intervention.

 

Dans mon bureau : 

√ Lors de l’évaluation du langage d’un enfant d’âge préscolaire, je planifie et j’effectue une tâche pour évaluer la narration.

√ Lors de mes échanges avec l’entourage de l’enfant, je les questionne sur les capacités narratives de l’enfant (ex. : participe-t-il à la causerie à la garderie ?).

√ J’évalue d’abord la narration d’évènement personnel parce que cette compétence est maîtrisée avant la narration d’évènement fictif (un film, un livre, etc.) par les enfants. Je me réfère aux quatre critères utilisés dans l’études:

  • Produire et comprendre une séquence d’évènements dans le bon ordre
  • Connaître et maîtriser de la structure narrative (ex.: problème-tentative-résolution-fin, objectif et états internes du personnage)
  • Réaliser des inférences : Capacité à saisir des informations qui ne sont pas transmises explicitement
  • Utiliser des marques évaluatives.

√ Lors de la rédaction du plan d’intervention et lors de mes interventions directes, j’inclus un objectif sur la narration car cette habileté est au coeur de la réussite éducative et sociale des enfants.

√ En intervention directe, je choisis des stratégies qui sont appuyées par les données scientifiques. En tête de liste : l’étayage verbal lors de la lecture de livres d’histoire. Je peux aussi intégrer d’autres stratégies nommées dans l’article (ex. : rejouer l’histoire avec des marionnettes ou avec des bonhommes) ou consulter la bibliographie pour plus de détails.

√ Quand je donne des conférences et des ateliers aux parents et aux éducateurs, je parle de l’importance de la narration et des stratégies à privilégier pour favoriser le développement de cette compétence chez les enfants d’âge préscolaire : étayage verbal, jouer l’histoire par la suite, etc.

Référence: 

Pesco, D. & Gagné, A. (2017) Scaffolding Narrative Skills: A Meta-Analysis of Instruction in Early Childhood Settings, Early Education and Development, 28:7, 773-793, DOI: 10.1080/10409289.2015.1060800 Via ResearchGate

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Évaluation, Fait au Québec, Préscolaire

Répétition de non-mots et de phrases: performances d’enfants monolingues vs. bilingues (PARTIE 1)

Évaluation, Fait au Québec, Préscolaire

Le « LUI » : nouvel outil d’évaluation de la pragmatique !

 

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Titre de l’article: Assessing Early Language Use by French-Speaking Canadian Children: Introducing the LUI-French (Pesco & O’Neil, 2016)

Introduction: Cet article présente la première étude de validation d’un nouvel outil d’évaluation des habiletés pragmatiques chez les enfants d’âge préscolaire (18-47 mois): le LUI (Language Use Inventory/«Inventaire d’utilisation du langage»). Il s’agit d’un questionnaire parental standardisé qui a déjà été normé à l’échelle anglo-canadienne, et qui est de plus en plus utilisé en clinique un peu partout dans le monde (traduit en plus de 8 langues déjà!). Le questionnaire s’intéresse à comment et pourquoi l’enfant communique au quotidien et liste environ 159 exemples d’utilisation du langage dans des contextes variés, avec des interlocuteurs variés. Cette article présente la première étape de conception de l’outil en français, soit la traduction et la validation (mesure qui démontre que l’outil est bien construit, valide et pertinent pour évaluer la pragmatique). 

Pourquoi on s’y intéresse ? Parce que la pragmatique est une composante mal aimée et souvent négligée au profit des habiletés structurelles du langage. Parce qu’aucun autre outil standardisé ne permet jusqu’à maintenant l’évaluation des habiletés pragmatiques d’enfants franco-canadiens d’âge préscolaire. Parce que la littérature montre que des difficultés pragmatiques peuvent porter atteinte à la participation sociale et aux expériences précoces de socialisation des enfants. Parce qu’il est primordial de se tenir à l’affût des nouveau outils d’évaluation du langage qui sont valides pour une clientèle franco-québécoise. Et finalement, parce qu’après tout, le langage est un outil de communication, permettant de répondre à des intentions variés, dans des contextes variés, avec des personnes variées (soit la définition même de la pragmatique) ! Pourquoi ne pas évaluer formellement ces habiletés alors ?

(il s’agit aussi d’un outil de mesure que j’affectionne particulièrement et que j’utilise dans le cadre de ma thèse doctorale…!) clip-art-smiley-face.jpg

Un brin de méthodologie:

  • Comment l’outil (original) est constitué: 180 items, regroupés en 14 sous-échelles ordonnées chronologiquement. Ces sous-échelles sont divisées en trois parties (gestes, mots, phrases). Dix des 14 sous-échelles contribuent à l’obtention d’un score total (161 des 180 items). Les autres données peuvent être analysées qualitativement. On demande tout simplement au parent de répondre par «oui» ou «non» (est-ce que votre enfant est capable de…). Aucun jugement de qualité des habiletés pragmatiques n’est demandé de la part des parents (seulement la présence/fréquence). Des exemples sont fournis aux parents pour tous les items. 
  • Qualités psychométriques de l’outil original: Le LUI peut distinguer efficacement les enfants présentant des difficultés significatives de langage de ceux qui n’en ont pas (valeurs de sensibilité et spécificité à 95% : O’Neill, 2007; Pesco & O’Neil, 2012, voir références plus bas). Dans leur article de 2012, les auteurs démontrent que le score obtenu par un enfant à cet outil pendant la période préscolaire constitue une bonne mesure prédictive de ses habiletés ultérieures en langage (Pour les enfants présentant des difficultés de langage à 5 ans et demi, il était 27 fois plus probable que ces enfants aient obtenu un score sous le 5e percentile, à la LUI. Ces mesures suggèrent que le LUI est un excellent outil de dépistage des difficultés langagières en période préscolaire.
  • La présente étude (validation de la version francophone de l’outil): La traduction a été effectuée par deux personnes et, par la suite, l’outil a été révisé par deux orthophonistes. Trois mères (ayant toutes complétées des niveaux de scolarité différents) ont ensuite été recrutées pour compléter cette nouvelle version francophone et de déterminer la clarté des items et la facilité à compléter l’outil. Des mesures de lisibilité ont aussi été menées pour vérifier si les instructions étaient données dans un langage simple et facile à lire pour tous les parents. L’outil a obtenu un score  de «facile» sur une échelle à 5 niveaux, de très difficile à très facile. La version francophone de l’outil comprend 177 items, dont 166 questions oui/non, et 11 questions à coter sur une échelle de fréquence (jamais, rarement, parfois, souvent). 159 items contribuent au score total du LUI:français.
  • Échantillon pour la validation de l’outil en français: 6 groupes d’enfants ont été créés sur la base de l’âge (18, 24, 30, 36, 42, 47 mois). Ces enfants ont été  recrutés à travers tout le Canada, via des feuillets d’information distribués dans des garderies, sur des blogues ou pages Facebook adressés aux parents, via la banque de courriels de l’Université Concordia, et via bouche-à-oreille. Les enfants exposés à d’autres langues que le français plus de 20% du temps, ceux nés prématurément, ceux ayant reçu un diagnostique de trouble du langage ou autre condition pouvant affecter le développement langagier ont été exclus. Ceux pour qui un soupçon de difficulté en langage était présent ont toutefois été retenus. 242 questionnaires ont été inclus dans cette étude de validation (de 31 à 54 questionnaires par tranche d’âge). 

Résultats: 

  • La validité interne (les items mesurent bel et bien le même concept et les sous-échelles sont bien divisées) des dix sous-échelles qui contribuent au score total sont jugées bonnes (pour 3 d’entre-elles) et excellentes (pour 7 d’entre-elles). 
  • Les résultats des analyses factorielles confirment la pertinence de séparer les items relatifs aux gestes de ceux relatifs au mots et énoncés. Ils confirment également que l’ordre des différentes sous-échelles est approprié et chronologique sur le plan du développement des habiletés pragmatiques. Ils confirment finalement que les sous-échelles mesurent le même construit (c’est-à-dire, qu’ils mesurent tous le développement pragmatique). 
  • Influence du niveau de scolarité et de l’exposition à d’autres langues sur la complétion de l’outil: Pas de corrélation entre le niveau de scolarité du parent et les scores des enfants. Pas d’effet de l’exposition à d’autres langues (0%, 10% ou 20% du temps) sur le score non plus. 
  • Influence de l’âge et du sexe sur les scores: L’outil est sensible à la progression des habiletés pragmatiques selon l’âge des enfants (sauf pour les enfants de 36 mois, qui n’ont pas des scores significativement différents de ceux de 42 mois, mêmes si leurs scores étaient plus faibles. Les filles obtiennent des scores plus élevés que les garçons entre 18 et 30 mois (pas de différences significatives à partir  de 36 mois).
  • Les parents participant à l’étude se sont montrés enthousiastes: le LUI semble être bien reçu et facilement complété.
  • La suite: Une étude de normalisation sera menée prochainement auprès d’un plus grand nombre d’enfants et pour des tranches d’âge plus rapprochées (ex: 18, 21, 24, 27 mois…)

Dans mon bureau: 

√ Je connais maintenant le LUI, un outil démontré valide, écologique (il mesure les habiletés réelles de l’enfant dans plusieurs contextes différents), sensible aux difficultés des enfants et dont la complétion est très facile pour le parent (environ 20-30 minutes!). En somme, le LUI : français est un outil prometteur pour évaluer l’utilisation du langage chez les enfants d’âge préscolaire. 

√ Pour les cliniciens travaillant au privé (ou pour les cliniciens au public qui désirent suggérer l’achat de cet outil d’évaluation), l’information pour obtenir cet outil :

 https://languageuseinventory.com/ (il est même possible de remplir le questionnaire en ligne et d’avoir des scores interprétés et des graphiques visuels des résultats). 

√ Pour l’instant, l’outil peut être utilisé à titre indicatif pour les enfants franco-canadiens (ou vous pouvez utiliser les normes anglo-canadienne avec réserve et prudence dans l’interprétation puisque le développement pragmatique est largement dépendant de la langue, du contexte, de la culture, etc). Vous pouvez toutefois utiliser les normes de cet outil pour une clientèle anglo-canadienne, population auprès de laquelle il est déjà normé.

√ Restez à l’affût : bientôt, des normes franco-québécoises seront disponibles pour cet outil ! Un grand merci aux chercheurs pour ce beau travail !

Référence complète:

Pesco, D., & O’Neill, D. (2016). Assessing Early Language Use by French-Speaking Canadian Children: Introducing The LUI-French. Canadian Journal of Speech-Language Pathology and Audiology, 40(3), 198-217. (en libre accès sur le site web de la revue canadienne d’orthophonie et d’audiologie (RCOA), profitez-en!) 

Pour des articles décrivant les qualités psychométriques de la version originale de l’outil (anglophone):  

O’Neill, D. K. (2007). The Language Use Inventory for Young Children: A Parent-Report Measure of Pragmatic Language Development for 18- to 47-Month-Old Children. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 50(1), 214-228.

Pesco, D., & O’Neill, D. K. (2012). Predicting Later Language Outcomes From the Language Use Inventory. Journal of Speech, Language & Hearing Research, 55(2), 4210-4434.

 

Fait au Québec, Préscolaire

Guidance parentale : deux ingrédients actifs gagnants !

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Titre de l’article :  Stimuler le développement langagier des jeunes enfants : état des connaissances sur l’intervention précoce en orthophonie (Sylvestre, A. & Desmarais, C., 2015)

Pourquoi en parler ? : En orthophonie et particulièrement avec les enfants d’âge préscolaire, on parle souvent de l’importance des interventions indirectes adressées aux parents dans le but de mieux soutenir le développement langagier de leur enfant. Quelques conseils classiques vous viennent certainement déjà en tête : «suivez l’intérêt de votre enfant», «mettez des mots sur ce que votre enfant regarde, ce qu’il fait, ce qui l’intéresse», «n’allez pas au devant des besoins de votre enfant dans le jeu». Sait-on vraiment par quels mécanismes ces conseils parviennent à être efficaces et pertinents ? Par quoi commencer quand l’un de nos objectifs est d’améliorer la qualité de la stimulation offerte par le parent ? Quels sont les ingredients actifs de telles interventions, c’est-à-dire ce qui est considéré essentiel à une intervention efficace ? On vous propose cet article qui fait le point sur ce qui compte vraiment dans les interventions ciblant la guidance parentale.  

Les ingrédients actifs de l’intervention précoce en orthophonie:

L’interaction parent-enfant et la stimulation du langage constitueraient les deux principaux ingrédients actifs (éléments essentiels) du développement du langage. Les interactions doivent être: fréquentes, chaleureuses, sensibles aux initiatives de communication de l’enfant pour favoriser sa prise de parole.

Deux étapes/comportements seraient essentiels afin qu’un parent présente de telles interactions fréquentes, chaleureuses et sensibles…

Premier ingrédient actif: La réceptivité (responsivity).

La capacité à détecter de façon juste les signaux de communication verbaux et non-verbaux de l’enfant (gestes, vocalisations, autres). 

Deuxième ingrédient actif: La réactivité (responsiveness).

La réactivité aux messages communicatifs de l’enfant. La capacité à répondre promptement et de façon contingente à l’enfant, en étant centré sur ces intérêts. 

 

Mécanisme sous-jacent = des techniques de stimulation démontrées efficaces

L’expansion (répétition des propos de l’enfant en partie ou en totalité + ajout de morphèmes ou mots) et le modèle verbal (répétition appropriée et juste d’une partie ou de la totalité des propos de l’enfant) sont deux techniques de stimulation qui ont été démontrées efficaces. 

*Des chercheurs ont mentionnés que les enfants qui présentent un retard ou trouble du langage (parlent moins, intelligibilité réduite) peuvent contribuer à ce que leurs parents leur parlent moins en retour (influence bidirectionnelle entre parent et enfant dans la communication). *À garder en tête pour intervenir de façon à ajuster la stimulation parentale en fonction de chaque enfant. 

Pourquoi mettre ce type d’intervention en place ?

Les résultats d’une méta-analyse (plus haut niveau d’évidence scientifique) (Kong & Carta, 2013) ont démontrés que les parents exposés à des interventions précoces optimisant les interactions parent-enfant sont significativement plus réactifs aux signaux de communication de leur enfant que les parents d’un groupe de comparaison n’ayant reçu aucune intervention particulière à ce niveau. Chez ces parents, le nombre de modèle verbaux et le taux général d’échanges ont augmentés. La majorité des études dans cette méta-analyse rapportent une amélioration des habiletés communicatives des enfants.

L’intervention orthophoniste-parent-enfant produirait des effets positifs significatifs sur le vocabulaire, la morphosyntaxe et le plus significativement sur la production de courtes phrases.

Comment mettre ce type d’intervention en place concrètement ?

  • Consulter l’article pour quelques exemples de programmes d’intervention précoce connus et efficaces. 
  • Fait intéressant: plusieurs programmes d’intervention ciblent maintenant de façon principale le développement de la réceptivité du parent. Par exemple, Yoder & Warren (2002) proposent des formations à la réceptivité qui suivent deux volets (1- formation à la réceptivité par des groupes orthophoniste/parent et 2- intervention triadique intensive orthophoniste/parent/enfant).
  • Quatre étapes sont proposées pour permettre au parent d’augmenter sa réceptivité lors des formations orthophoniste/parent (huit rencontres en 3-6 mois):
    • 1) sensibiliser le parent à porter une attention aux signaux de communication de l’enfant, même les comportements communicatifs non-intentionnels (ex: demander au parent d’observer ce que l’enfant regarde, touche ou fait).
    • 2) Encourager les parents à attendre que l’enfant produise un comportement interprétable avant de donner un modèle verbal (ex: attendre qu’il regarde un objet qu’il désire avant de le nommer).
    • 3) Miser sur ce qui attire l’attention de l’enfant pour suivre ses intentions de communication.
    • 4) Offrir une réponse qui se situe dans la zone proximale de développement de l’enfant (ex: si l’enfant pointe un objet, le nommer en utilisant un mot / si l’enfant pointe en nommant l’objet, proposer une courte phrase: tu veux le\la X ? )
  • Ensuite, pour l’intervention triadique, on intervient dans le milieu de l’enfant (maison, garderie, etc). On met en pratique les stratégies, on propose à l’enfant des activités qui l’intéressent et qui suscitent des intentions de communication, on observe l’enfant pour mieux interpréter ses intentions de communication, puis on offre des modèles verbaux qui expriment les intentions de l’enfant. 
  • Garder en tête : le but est d’augmenter la quantité d’énoncés pertinents pour l’enfant (dans sa ZPD) pour augmenter le dosage de la stimulation.

D’autres ingrédients à ne pas négliger…

Un premier objectif pour des enfants très jeunes ou qui parlent très peu est de promouvoir l’intentionnalité (augmenter les comportements de l’enfant qui servent à exprimer une intention). Un tableau dans l’article présente plusieurs techniques concrètes fréquemment décrites dans les programmes visant à promouvoir l’intentionnalité. À consulter ! 

Limite à garder en tête: Pour les études présentées plus haut démontrant l’efficacité des interventions précoces ciblant l’interaction parent-enfant, l’échantillon est souvent constitué d’enfants présentant des retards expressifs et non réceptifs. Il faudrait évaluer l’efficacité de ce type d’intervention dans de telles circonstances puisqu’ils sont peu représentés dans la littérature. 

Dans mon bureau : 

√  Je retiens qu’il a été démontré que les interventions qui misent sur la réceptivité et la réactivité des parents en lien avec les comportements et intentions de communication de l’enfant donnent des résultats positifs. Je peux donc définir des objectifs de thérapie plus spécifiques ciblant la stimulation parentale. Je pourrais par exemple amorcer une intervention indirecte (en modalité individuelle ou de groupe) en ciblant d’abord principalement un entraînement à la détection/reconnaissance/interprétation des signaux communicatifs verbaux et non-verbaux de la part de l’enfant. 

√ Au niveau des techniques de stimulation, je retiens qu’offrir des modèles verbaux ajustés à la ZPD de l’enfant et utiliser des expansions qui reprennent les mots de l’enfant ont également été démontrés efficaces. 

Je consulte l’article pour plus d’exemples concrets sur les façons d’augmenter les habiletés parentales en lien avec la réceptivité et réactivité. 

 

Référence:  Sylvestre, A. & Desmarais, C. (Juin 2015). Stimuler le développement langagier des jeunes enfants :état des connaissances sur l’intervention précoce en orthophonie. Revue A.N.A.E – Approche Neuropsychologique des Apprentissages chez l’Enfant. 135, 001-008. 
Fait au Québec, Préscolaire

Test de dépistage francophone de phonologie