Évaluation, Intervention, Préscolaire

Late-talker : Le passé est-il garant de l’avenir ?

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Pixabay

Titre de l’article : A Systematic Review and Meta-Analysis of Predictors of Expressive-Language Outcomes Among Late Talkers (Fisher, 2017)

Pourquoi en parler ? : Parce que les enfants qui parlent tard (late talker) sont nombreux, et qu’il est important de renseigner les parents adéquatement et d’établir un pronostic basé sur les données récentes. Les chercheurs tentent donc de répondre à la question : Quels facteurs prédisent le futur développement du langage chez les jeunes enfants qui parlent tard ? Ces données sont importantes afin d’offrir des services pertinents aux enfants qui en ont besoin, plutôt qu’à ceux qui se développeront comme leurs pairs, sans aide supplémentaire. Bien que la majorité des enfants qui parlent tard performe dans la moyenne aux tests de langage rendu à l’école, le fait d’avoir commencé à parler tardivement est un facteur de risque pour le trouble développemental du langage. Parler tard n’est donc pas un trouble, mais une caractéristique de certains enfants. Les études indiquent qu’entre 6% et 44% des enfants qui parlent tard auront un trouble développemental du langage en grandissant.

Un brin de méthodologie : 

L’auteure a effectué une revue systématique et une méta-analyse à partir de 20 études (totalisant 2 134 enfant). Les enfants qui parlent tard sont définis comme des enfants de 18 à 35 mois qui prononcent peu de mots sans raison apparente (pas de surdité, pas d’autres difficultés développementales).

Pour la revue systématique, les mots “language delay*” OR “late language emergence”OR “late talk*” OR “slow expressive language development” AND (outcome* OR longitudinal OR follow-up).

Au départ (T1), le vocabulaire expressif était évalué principalement avec un rapport parental (IMBDC-MacArthur). Un suivi (T2) a été fait au moins cinq mois après que l’enfant ait été identifié comme late-talker et avant son cinquième anniversaire.

Les articles avec des enfants qui avaient une condition médicale, un trouble du développement, de l’adoption internationale n’étaient pas retenus. Les études avec moins de cinq participants et celles dont l’objectif était d’identifier l’effet d’une intervention ont aussi été écartées.

 

Résultats :

Vocabulaire expressif (12 études, 1 113 participants)

  • Méta-analyse : Petit effet statistiquement significatif de corrélation entre le vocabulaire expressif (T1) et le langage expressif (T2)
  • Le vocabulaire expressif expliquait 6% de la variabilité du langage expressif

 Compréhension (10 études, 527 participants)

  • Méta-analyse : Effet moyen statistiquement significatif de corrélation entre la compréhension (T1) et le langage expressif (T2)
  • La compréhension du langage expliquait 12% de la variabilité du langage expressif

Morphosyntaxe (7 études, 851 participants)

  • Méta-analyse : Pas d’effet statistiquement significatif de corrélation entre la morphosyntaxe expressive (T1) et le langage expressif (T2)

Situation socio-économique (12 études, 1 955 participants)

  • Méta-analyse : Petit effet statistiquement significatif de corrélation entre le niveau socio-économique (T1) et le langage expressif (T2)
  • Le niveau socio-économique expliquait 1% de la variabilité du langage expressif

Genre (11 études, 1 696 participants)

  • Méta-analyse : Pas d’effet statistiquement significatif de corrélation entre le genre (T1) et le langage expressif (T2).

Historique familial de difficulté de langage (6 études, 447 participants)

  • Méta-analyse : Pas d’effet statistiquement significatif de corrélation entre le genre (T1) et le langage expressif (T2)

 

Discussion et limites :

Si le facteur le plus étudié est la taille du vocabulaire expressif, cette variable prédirait seulement une partie des progrès de l’enfant. Les données indiquent que la mesure la plus prédictive serait le langage réceptif, qui ne prédit malgré tout que 12% de la variabilité. Il est important de noter que certaines études ont inclus uniquement des enfants avec une compréhension normale, ce qui affecte les résultats.

L’auteure précise que les résultats de l’impact du genre sur le développement du langage est difficile à interpréter parce que plusieurs études ont utilisé des normes spécifiques au genre (les garçons étaient comparés à un groupe de garçons et les filles, à un groupe de filles). Le nombre de mots minimal, pour être identifié comme un enfant qui parle tard, n’était donc pas le même pour les garçons et les filles.

La méta-analyse conclut que les variables les plus importantes pour prédire le développement du langage expressif sont le langage réceptif du jeune enfant, la taille de son vocabulaire expressif et son statut socio-économique. Les autres variables (phrase speech, genre, historique familial) ne permettaient pas de prédire le développement du langage. Bien qu’aucun lien n’ait été trouvé entre l’historique familial et le développement du langage, il faut être prudent car, dans cette méta-analyse, ce facteur a été analysé de manière générale. Il serait bénéfique d’analyser qui dans la famille a vécu ces difficultés, de quelle nature elles étaient et si elles étaient transitoires ou persistantes.

Les enfants qui grandissent dans une famille dont le niveau socio-économique est faible sont plus vulnérables et nécessitent plus d’interventions. L’âge auquel un enfant était identifié comme ayant un retard de langage n’a pas fait l’objet d’étude. Il serait intéressant de savoir si un vocabulaire expressif limité à 28 mois est plus prédictif de difficultés qu’un vocabulaire réceptif limité à 18 mois. Notons aussi que le critère pour identifier les enfants qui parlent tard variaient d’une étude à l’autre (2ème percentile au 20ème percentile).

Les recommandations de Paul (2000) sont toujours d’actualité à l’effet que les enfants qui parlent tard et qui ont des difficultés de compréhension devraient recevoir des interventions et que le langage des autres enfants (compréhension normale) devrait être suivi occasionnellement.

 

Dans mon bureau : 

√ J’évalue systématiquement la compréhension du langage des enfants qui ont peu de vocabulaire expressif car cette mesure est la plus prédictive du développement du langage.

√ Je recommande et j’offre de l’intervention aux enfants « late talker » qui ont des difficultés de compréhension.

√ J’informe les parents de ce que nous savons actuellement sur les enfants qui parlent tard : la majorité de ces enfants performera comme les autres enfants de leur âge à l’école et certains auront un trouble du langage. La compréhension demeure l’indicateur qui permet de faire le meilleur pronostic pour l’instant.

√ Je reste alerte : les enfants qui auront un trouble développemental du langage n’ont pas tous un historique de « late talking ». Les critères de cet article s’appliquent donc uniquement aux enfants de moins de 3 ans qui parlent tard. Pour les autres enfants, d’autres critères doivent être utilisés afin que les enfants qui requièrent un suivi en orthophonie l’obtiennent.

√ Je suis plus assidûment les enfants issus d’un milieu socio-économique faible car l’impact du niveau socio-économique sur le langage tend à s’accroître avec le temps.

Référence: 

Fisher, Evelyn L. (2017): A systematic review and meta-analysis of predictors of expressive-language outcomes among late talkers (Fisher, 2017). ASHA journals. https://doi.org/10.23641/asha.5313454.v1

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Évaluation, Préscolaire

Avis aux cliniciens intéressés par le «LUI:Français»

Plusieurs lecteurs m’ont écrit suite à la publication du billet sur le LUI:français, nouvel outil de dépistage de la pragmatique, pour me demander quand la version francophone de l’outil sera disponible. Nous sommes ravies de l’intérêt suscité par le billet !

Si vous désirez être avisé de la publication de la version francophone de l’outil ainsi que de normes préliminaires l’accompagnant (avant la normalisation complète de l’outil auprès d’enfants francophones), simplement envoyer un courriel la co-conceptrice de la version francophone de l’outil, la Dre. Diane Pesco (diane.pesco@concordia.ca), en lui mentionnant votre intérêt en plus des informations suivantes: votre adresse courriel, votre établissement d’affiliation clinique et numéro de téléphone au travail. En espérant que cet outil vous soit des plus utiles dans vos démarches cliniques !

– Mélissa

 

Évaluation, Fait au Québec, Préscolaire

Répétition de non-mots et de phrases: performances d’enfants monolingues vs. bilingues (PARTIE 1)

Évaluation, Intervention, Préscolaire, Scolaire

Le nouveau « Trouble développemental du langage » : 57 experts se prononcent sur la terminologie entourant les troubles du langage

***La traduction officielle du DLD en français n’étant pas disponible au moment de la rédaction de ce billet, j’avais initialement traduit le DLD par « trouble du langage développemental ». Le 22 septembre 2017, l’Ordre des orthophonistes et des audiologistes du Québec a fait part de l’appellation retenue par le groupe d’experts dans la francophonie. La traduction du DLD est donc : « Trouble développemental du langage ». Nous invitons tous les orthophonistes à adopter cette terminologie afin de parler d’une même voix aux clients, aux décideurs et à la population générale. Ce billet a donc été ajusté suite à cette annonce.***

Titre de l’article : Phase 2 of CATALISE: A Multinational and Multidisciplinary Delphi Consensus Study. Identifying Language Impairments in Children,  D. V. M. Bishop, Margaret J. Snowling, Paul A. Thompson, Trisha Greenhalgh (2016)

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Pourquoi en parler ? : Parce que la recherche sur les troubles du langage est en plein essor ! Les auteurs de l’article ont créé un panel d’experts afin d’établir un consensus concernant la terminologie à employer pour nommer les troubles du langage. Au cours des dernières années, plusieurs termes ont circulé pour nommer les enfants qui avaient des difficultés de langage significatives : primary language impairment (déficience/trouble primaire du langage), specific language impairment (déficience/trouble spécifique du langage), dysphasia (dysphasie), etc. Toutefois, ces termes décrivent parfois mal les difficultés des enfants (ex. : les difficultés ne sont souvent pas « spécifiques » au langage, ces enfants ayant parfois des difficultés d’attention, des difficultés motrices, etc.) et limitent l’accès aux services. De plus, les termes variés utilisés pour décrire le trouble du langage rendent les communications et la promotion des besoins de ces enfants plus difficiles auprès de la population et des décideurs.

Un brin de méthodologie : 46 énoncés ont été soumis à 57 experts de six pays. Lors de la première phase, les experts devaient évaluer les énoncés selon leur degré d’accord sur une échelle de cinq points. Les participants pouvaient aussi commenter les énoncés. Tous les commentaires ont été envoyés à tous anonymement et une journée d’échange a eu lieu (les quatre auteurs, 22 participants au panel d’experts et 23 autres personnes étaient présents).  Suite à ces échanges, les deux premiers auteurs ont modifié les énoncés selon les réponses reçues avec, comme objectif, de rallier le plus d’experts possible. Lors de la deuxième phase, les énoncés modifiés ont été soumis au panel d’experts. Lors de ce dernier tour, les participants pouvaient aussi commenter les énoncés.

Résultats :

Voici les 12 énoncés rapportés dans l’étude qui font consensus auprès de 78% des experts consultés. Chaque énoncé est commenté dans l’article et nous vous invitons à aller le lire pour mieux comprendra la pensée des auteurs et les nuances apportées. 

*J’ai tenté de traduire du mieux possible les énoncés présentés dans ce billet. J’invite fortement les lecteurs à consulter directement l’article pour avoir accès aux énoncés originaux. N’étant pas traductrice, certaines erreurs ont pu se glisser et affecter la signification du texte d’origine. Bonne lecture ! – Marie-Pier

1. Il est important que les acteurs impliqués auprès des enfants avec un trouble du langage s’entendent sur les termes à utiliser et qu’ils les utilisent.

La variabilité des termes a beaucoup d’impacts négatifs (difficultés à bâtir des connaissances scientifiques, à convaincre les décideurs, à parler à la population, etc.). Bien que certains groupes puissent avoir des préférences pour des termes, le panel d’experts insiste pour que tous les acteurs (orthophonistes en première ligne, en scolaire, en réadaptation, association d’usager, chercheur, etc.) utilisent les mêmes termes.  

2. La terminologie « trouble du langage » (dans l’article : language disorder) est proposée pour les enfants chez qui il est probable que les difficultés de langage se maintiennent au primaire (6-12 ans) et après. Le « trouble du langage » a un impact significatif sur les interactions sociales de tous les jours et sur les progrès académiques.

Les participants ont longtemps réfléchi aux termes « disorder » (trouble) vs. « impairment » (déficience). Les auteurs ont choisi le terme « disorder » par souci de cohérence avec les autres troubles développementaux (autism spectrum disorder, attention deficit disorder, etc.)

3. Les résultats de recherche indiquent que les variables qui influencent le pronostic varient selon l’âge de l’enfant. Toutefois, en général, les difficultés de langage qui affectent plusieurs composantes persistent habituellement dans le temps.

Évidemment, les indicateurs pour le pronostic varient selon l’âge et selon la langue de l’enfant. Les indicateurs listés dans l’article traitent de ce qui est connu actuellement pour l’anglais. Avant 3 ans, les auteurs indiquent que le pronostic est particulièrement difficile à établir. Les enfants qui ne combinent pas de mots à 2 ans, les enfants avec des difficultés de compréhension, ceux qui utilisent peu les gestes pour communiquer, ceux qui ont une faible attention conjointe, ceux qui ont un historique familial de difficulté de communication sont davantage à risque que les autres. Toutefois, plus d’études sont nécessaires pour cette tranche d’âge afin de pouvoir identifier et aider adéquatement les enfants qui ont besoin d’aide pour développer leur langage.

Chez les enfants de 4 ans, plus il y a de composantes du langage affectées, plus il y a de risque que les difficultés persistent à l’école. La répétition de phrase serait un bon indicateur pronostique.

Les difficultés de langage qui sont encore présentes chez un enfant de 5 ans ou plus sont grandement à risque de se maintenir, particulièrement si des difficultés de compréhension sont présentes. De plus, les difficultés de langage oral ont très souvent un impact sur les habiletés en lecture, en écriture et sur l’ensemble de la réussite académique.

4. Certains enfants ont des difficultés de langage (dans l’article : language needs) parce qu’ils parlent une langue minoritaire et qu’ils n’ont pas été suffisamment exposé à la langue d’enseignement utilisée à l’école. Ces enfants ne devraient pas être identifiés comme ayant un trouble du langage à moins que leurs habiletés de langage ne soient pas équivalentes à ce qui est attendu selon leur âge dans aucune des langues.

Ceci est également pertinent pour les enfants qui utilisent une langue des signes. Les enfants qui ne sont pas familiers avec la langue d’enseignement utilisée à l’école peuvent avoir besoin d’aide supplémentaire pour réaliser les apprentissages sans toutefois être identifiés comme ayant un trouble du langage.

5. Plutôt que d’utiliser des critères d’exclusion dans la définition du « trouble du langage », nous utilisons les termes : conditions, facteurs de risque et conditions co-occurentes.

Les participants à cette étude ont beaucoup discuté des critères d’exclusion pertinents dans la définition du trouble du langage. D’un côté, ils ne voulaient pas mettre tous les enfants avec un trouble du langage dans la même catégorie (peu importe la cause du trouble) et de l’autre, ils ne voulaient pas que les critères d’exclusion soient utilisés pour priver les enfants de services pertinents pour eux. Par exemple, un enfant avec un trouble du spectre de l’autisme qui ne reçoit pas la conclusion de trouble du langage : est-il éligible aux services en orthophonie ? est-ce que ses difficultés de langage sont reconnues et prises en compte ?

6. Un trouble du langage peut survenir dans la cadre d’une condition médicale. Le trouble du langage fait alors parti d’un trouble plus complexe et plus large. Les auteurs suggèrent alors d’inscrire « trouble du langage associé à X ».

Ces conditions médicales incluent : traumatisme crânien, aphasie en lien avec l’épilepsie, déficience auditive, paralysie cérébrale, trisomie 21, déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme.

7. Le terme « trouble développemental du langage » (dans le texte : Developmental Language Disorder – DLD) est proposé pour référer aux cas de trouble du langage sans condition biomédicale connue. La distinction entre le TDL et les autres troubles du langage est nécessaire lorsque des recherches ont lieu, car le pronostic et les interventions diffèrent.

Le terme « développemental » indique que les difficultés de langage émergent au cours du développement (vs être acquises ou associées à une condition médicale). Certains participants craignaient que le terme « développemental » soit moins utile une fois la vie adulte entamée. Une solution proposée est de garder uniquement l’expression « trouble du langage » comme pour les autres troubles (dyslexie développementale est nommée simplement « dyslexie » par une majorité de personne). Le terme « trouble » est utilisé ici pour indiquer que les difficultés ont un impact sur le développement de l’enfant et que le pronostic n’est pas favorable (i.e. qu’ il est raisonnable de penser que les difficultés vont persister à long terme et que les habiletés langagières de l’enfant ne seront pas équivalentes à celles des autres enfants de son âge). Ainsi, le trouble développemental du langage ne peut pas être seulement défini en terme de résultats à des tests formels.

8. Un enfant avec un trouble de langage peut avoir de faibles habiletés non-verbales. Ainsi, de faibles habiletés non-verbales n’empêchent pas de poser la conclusion de « trouble développemental du langage ».

Il est important de reconnaître que le langage peut être particulièrement affecté chez un enfant avec des habiletés non-verbales normales. Cet énoncé indique qu’un écart entre les habiletés verbales et non-verbales N’EST PAS nécessaire afin de conclure à un TLD. En pratique, cela signifie qu’un enfant ayant de faibles habiletés non-verbales (mais qui ne rencontre pas les critères du diagnostic de déficience intellectuelle) peut recevoir une conclusion de TDL.

9. D’autres troubles associés peuvent être présents avec un TDL et affecter les caractéristiques du langage ainsi que la réponse à l’intervention. Toutefois, la relation causale entre ces autres troubles et les difficultés de langage sont encore floues. Ainsi, un enfant avec un TDL peut avoir des difficultés d’attention (TDAH), des difficultés motrices (trouble d’acquisition de la coordination), des difficultés en lecture et en écriture (dyslexie-dysorthographie), de difficultés de parole (trouble des sons de la parole), des difficultés émotionnelles et des difficultés de comportement. 

Les définitions des différents troubles donnent parfois l’impression que ces troubles sont distincts les uns des autres. Pourtant, en clinique, il n’est pas rare qu’un enfant cumule plusieurs difficultés. En pratique, les noms données aux difficultés peuvent parfois varier selon la personne qui nomme ces difficultés. Dans l’article, les auteurs rapportent qu’un même enfant peut avoir un trouble développemental du langage selon l’orthophonie, une dyslexie selon son enseignant, un trouble de l’attention selon son médecin et un trouble de traitement auditif selon l’audiologiste. L’article indique clairement que la présence d’un autre trouble n’empêche pas la conclusion de « trouble développemental du langage » chez un même enfant.

Certains participants ont indiqué que les enfants qui présentaient uniquement un trouble développemental du langage étaient plus fréquents en recherche qu’en clinique. En effet, la recherche se concentre habituellement sur les enfants ayant uniquement un trouble développemental du langage afin de pouvoir étudier ce qui est spécifique à ce trouble. Toutefois, il peut être difficile de généraliser le résultat de ces recherches en clinique où les enfants ont parfois plus d’un trouble.

*Les auteurs n’incluent pas le trouble du spectre de l’autisme dans ces troubles. Voir l’énoncé #6.

10. Les facteurs de risque peuvent être biologiques ou environnementaux. Ces facteurs sont statistiquement associés avec un trouble du langage, mais leur relation causale est floue ou partielle. La conclusion de TDL peut être émise même en présence de multiples facteurs de risque.

Ces facteurs de risque sont : l’historique familial de trouble du langage/dyslexie, le fait d’être un garçon, le fait d’être un jeune enfant avec une grande fratrie et le fait d’avoir des parents qui ont été à l’école moins longtemps. Les difficultés lors de la naissance ou de la grossesse ne sont pas des facteurs de risque importants pour les troubles du langage.

11. Le TDL se présente de manière hétérogène et inclut un large éventail de profil langagier. Il est possible que certaines recherches choisissent des enfants avec un TDL et des caractéristiques langagières précises afin d’avoir un groupe plus homogène.

Pendant l’étude, les participants n’ont pas réussi à s’entendre concernant des profils différents de trouble développemental du langage. L’article donne des indications supplémentaires concernant les différentes composantes du langage qui peuvent présenter des déficits : phonologie et articulation, syntaxe, lexique et sémantique, pragmatique, discours, mémoire verbale et apprentissage verbal.

PHONOLOGIE ET ARTICULATION

Voici les conclusions suggérées dans l’article pour les difficultés. Cette section de l’article contient beaucoup de nuances, nous vous invitons à aller lire l’article directement pour bien les comprendre.

Les auteurs indiquent qu’il est pertinent d’évaluer le langage des enfants de 5 ans et plus qui présentent des difficultés phonologiques persistantes (les deux difficultés étant souvent présentes ensembles).

– Difficultés uniquement avec les sons (peu importe la cause : linguistique, motrice, structurelle) : Conclusion de trouble du développement des sons de la parole

– Difficultés langagières + difficultés phonologiques (peu importe la cause): Double conclusion de trouble développemental du langage et de trouble du développement des sons de la parole

– Difficultés uniquement dans les tâches de conscience phonologique : PAS de conclusion de trouble développemental du langage

Il est parfois difficile, même pour les professionnels très expérimentés de bien identifier l’origine des difficultés phonologiques.

PRAGMATIQUE

Les difficultés pragmatiques peuvent être présentes à la fois dans un profil de trouble de spectre de l’autisme et dans un profil de trouble développemental du langage.

12. Dans les discussions avec les décideurs, il peut être bénéfique d’avoir un terme qui regroupe toutes les personnes avec des difficultés de parole, de langage et de communication. À cette fin, le terme « Difficultés de parole, de langage et de communication » (dans l’article : Speech, Language and Communication Needs) est proposé.

Ce terme n’est pas utile en recherche ou en clinique pour expliquer les difficultés d’un enfant à des parents. Il devrait plutôt être utilisé pour parler aux décideurs (hauts gestionnaires, hauts fonctionnaires, députés, etc.). Les anciens profils de trouble du langage se basaient sur : la sévérité des difficultés, le type de difficultés de langage, la présence de d’autres difficultés non-langagières (attention, habiletés non-verbales, interaction sociale), etc. La recherche actuelle indique que les causes des troubles du langage sont complexes et multifactorielles.

Le terme « Specific Language Impairment – SLI » (trouble spécifique du langage) a été rejeté par le panel après plusieurs discussions car le terme « spécifique » créait de la confusion à propos des difficultés de ces enfants. Le terme « trouble développemental du langage » a été préféré et les auteurs définissent le terme « trouble » comme : des difficultés qui créent des problèmes fonctionnels et qui ne présentent pas un pronostic favorable. Les auteurs indiquent que le principal défi quant à l’utilisation de ce nouveau terme est la faible disponibilité des tests qui évaluent le langage fonctionnel ainsi que le manque d’indicateurs concernant le pronostic. (Et comme c’est souvent le cas, plus d’études sont nécessaires !)

 

Dans mon bureau : 

– Quand je parle à mes clients, à mes collègues ou dans mes rapports, j’utilise le terme « Trouble développemental du langage ». Si les instances à qui mon rapport est destiné ne reconnaissent pas encore ce terme, je peux ajouter entre parenthèse : « anciennement nommé trouble primaire du langage » (ou tout autre terme que cette instance reconnaît) afin de faire la promotion du terme et je joins la référence de l’article.

Je n’utilise plus le terme « retard de langage ». Si je ne veux pas écrire que l’enfant a un trouble du langage, je peux écrire « difficulté de langage » qui est un terme neutre et qui n’inclut pas de pronostic. Tel que l’article l’écrit, le terme  » retard » porte à confusion et n’est pas logique. Par définition, un retard de langage se rattrape. Il est donc uniquement possible d’utiliser ce terme après que l’enfant ait « rattrapé » les autres enfants de son âge. De plus, les recherches récentes indiquent que les difficultés des enfants qui ont un trouble du langage développemental (ex. : type d’erreur en morphosyntaxe) sont les mêmes que les difficultés des enfants qui vont « rattraper » leur difficulté.

– J’imprime et je garde à portée de main le schéma décisionnel et le diagramme de Venn présents dans l’article qui rappellent les lignes directrices :

Schéma décisionnel

Figure-1-Flow-chart-illustrating-pathways-to-diagnosis-of-language-disorder-Numbers-in.png
https://www.researchgate.net/figure/315714417_fig1_Figure-1-Flow-chart-illustrating-pathways-to-diagnosis-of-language-disorder-Numbers-in

Diagramme de Venn : Liens entre les différents termes diagnostiques

 

Figure-2-Venn-diagram-illustrating-relationship-between-different-diagnostic-terms-DLD.png
https://www.researchgate.net/figure/315714417_fig2_Figure-2-Venn-diagram-illustrating-relationship-between-different-diagnostic-terms-DLD

– Parce que l’article est en accès libre, qu’il est facile à lire et qu’il permet de faire le point sur le sujet, nous vous incitons à aller le consulter, à le partager et à en discuter avec vos collègues et vos gestionnaires.

– Je continue de faire le mieux que je peux avec les données imparfaites que nous avons sur le développement normal du langage en français. Bien que nous en rêvions toutes, les auteurs de l’article indiquent qu’il n’existe pas encore de critères clairs qui permettent de tracer une ligne nette entre le développement normal du langage et le trouble développemental du langage.

– L’article contient de multiples références très intéressantes. Au besoin, n’hésitez pas à consulter la bibliographie !

Références:

Bishop DV, Snowling MJ, Thompson PA, Greenhalgh T, CATALISE-2 consortium. (2017CATALISE: a multinational and multidisciplinary Delphi consensus study of problems with language development. Phase 2. TerminologyPeerJ Preprints 5:e2484v2https://doi.org/10.7287/peerj.preprints.2484v2

Évaluation, Fait au Québec, Préscolaire

Le « LUI » : nouvel outil d’évaluation de la pragmatique !

 

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Titre de l’article: Assessing Early Language Use by French-Speaking Canadian Children: Introducing the LUI-French (Pesco & O’Neil, 2016)

Introduction: Cet article présente la première étude de validation d’un nouvel outil d’évaluation des habiletés pragmatiques chez les enfants d’âge préscolaire (18-47 mois): le LUI (Language Use Inventory/«Inventaire d’utilisation du langage»). Il s’agit d’un questionnaire parental standardisé qui a déjà été normé à l’échelle anglo-canadienne, et qui est de plus en plus utilisé en clinique un peu partout dans le monde (traduit en plus de 8 langues déjà!). Le questionnaire s’intéresse à comment et pourquoi l’enfant communique au quotidien et liste environ 159 exemples d’utilisation du langage dans des contextes variés, avec des interlocuteurs variés. Cette article présente la première étape de conception de l’outil en français, soit la traduction et la validation (mesure qui démontre que l’outil est bien construit, valide et pertinent pour évaluer la pragmatique). 

Pourquoi on s’y intéresse ? Parce que la pragmatique est une composante mal aimée et souvent négligée au profit des habiletés structurelles du langage. Parce qu’aucun autre outil standardisé ne permet jusqu’à maintenant l’évaluation des habiletés pragmatiques d’enfants franco-canadiens d’âge préscolaire. Parce que la littérature montre que des difficultés pragmatiques peuvent porter atteinte à la participation sociale et aux expériences précoces de socialisation des enfants. Parce qu’il est primordial de se tenir à l’affût des nouveau outils d’évaluation du langage qui sont valides pour une clientèle franco-québécoise. Et finalement, parce qu’après tout, le langage est un outil de communication, permettant de répondre à des intentions variés, dans des contextes variés, avec des personnes variées (soit la définition même de la pragmatique) ! Pourquoi ne pas évaluer formellement ces habiletés alors ?

(il s’agit aussi d’un outil de mesure que j’affectionne particulièrement et que j’utilise dans le cadre de ma thèse doctorale…!) clip-art-smiley-face.jpg

Un brin de méthodologie:

  • Comment l’outil (original) est constitué: 180 items, regroupés en 14 sous-échelles ordonnées chronologiquement. Ces sous-échelles sont divisées en trois parties (gestes, mots, phrases). Dix des 14 sous-échelles contribuent à l’obtention d’un score total (161 des 180 items). Les autres données peuvent être analysées qualitativement. On demande tout simplement au parent de répondre par «oui» ou «non» (est-ce que votre enfant est capable de…). Aucun jugement de qualité des habiletés pragmatiques n’est demandé de la part des parents (seulement la présence/fréquence). Des exemples sont fournis aux parents pour tous les items. 
  • Qualités psychométriques de l’outil original: Le LUI peut distinguer efficacement les enfants présentant des difficultés significatives de langage de ceux qui n’en ont pas (valeurs de sensibilité et spécificité à 95% : O’Neill, 2007; Pesco & O’Neil, 2012, voir références plus bas). Dans leur article de 2012, les auteurs démontrent que le score obtenu par un enfant à cet outil pendant la période préscolaire constitue une bonne mesure prédictive de ses habiletés ultérieures en langage (Pour les enfants présentant des difficultés de langage à 5 ans et demi, il était 27 fois plus probable que ces enfants aient obtenu un score sous le 5e percentile, à la LUI. Ces mesures suggèrent que le LUI est un excellent outil de dépistage des difficultés langagières en période préscolaire.
  • La présente étude (validation de la version francophone de l’outil): La traduction a été effectuée par deux personnes et, par la suite, l’outil a été révisé par deux orthophonistes. Trois mères (ayant toutes complétées des niveaux de scolarité différents) ont ensuite été recrutées pour compléter cette nouvelle version francophone et de déterminer la clarté des items et la facilité à compléter l’outil. Des mesures de lisibilité ont aussi été menées pour vérifier si les instructions étaient données dans un langage simple et facile à lire pour tous les parents. L’outil a obtenu un score  de «facile» sur une échelle à 5 niveaux, de très difficile à très facile. La version francophone de l’outil comprend 177 items, dont 166 questions oui/non, et 11 questions à coter sur une échelle de fréquence (jamais, rarement, parfois, souvent). 159 items contribuent au score total du LUI:français.
  • Échantillon pour la validation de l’outil en français: 6 groupes d’enfants ont été créés sur la base de l’âge (18, 24, 30, 36, 42, 47 mois). Ces enfants ont été  recrutés à travers tout le Canada, via des feuillets d’information distribués dans des garderies, sur des blogues ou pages Facebook adressés aux parents, via la banque de courriels de l’Université Concordia, et via bouche-à-oreille. Les enfants exposés à d’autres langues que le français plus de 20% du temps, ceux nés prématurément, ceux ayant reçu un diagnostique de trouble du langage ou autre condition pouvant affecter le développement langagier ont été exclus. Ceux pour qui un soupçon de difficulté en langage était présent ont toutefois été retenus. 242 questionnaires ont été inclus dans cette étude de validation (de 31 à 54 questionnaires par tranche d’âge). 

Résultats: 

  • La validité interne (les items mesurent bel et bien le même concept et les sous-échelles sont bien divisées) des dix sous-échelles qui contribuent au score total sont jugées bonnes (pour 3 d’entre-elles) et excellentes (pour 7 d’entre-elles). 
  • Les résultats des analyses factorielles confirment la pertinence de séparer les items relatifs aux gestes de ceux relatifs au mots et énoncés. Ils confirment également que l’ordre des différentes sous-échelles est approprié et chronologique sur le plan du développement des habiletés pragmatiques. Ils confirment finalement que les sous-échelles mesurent le même construit (c’est-à-dire, qu’ils mesurent tous le développement pragmatique). 
  • Influence du niveau de scolarité et de l’exposition à d’autres langues sur la complétion de l’outil: Pas de corrélation entre le niveau de scolarité du parent et les scores des enfants. Pas d’effet de l’exposition à d’autres langues (0%, 10% ou 20% du temps) sur le score non plus. 
  • Influence de l’âge et du sexe sur les scores: L’outil est sensible à la progression des habiletés pragmatiques selon l’âge des enfants (sauf pour les enfants de 36 mois, qui n’ont pas des scores significativement différents de ceux de 42 mois, mêmes si leurs scores étaient plus faibles. Les filles obtiennent des scores plus élevés que les garçons entre 18 et 30 mois (pas de différences significatives à partir  de 36 mois).
  • Les parents participant à l’étude se sont montrés enthousiastes: le LUI semble être bien reçu et facilement complété.
  • La suite: Une étude de normalisation sera menée prochainement auprès d’un plus grand nombre d’enfants et pour des tranches d’âge plus rapprochées (ex: 18, 21, 24, 27 mois…)

Dans mon bureau: 

√ Je connais maintenant le LUI, un outil démontré valide, écologique (il mesure les habiletés réelles de l’enfant dans plusieurs contextes différents), sensible aux difficultés des enfants et dont la complétion est très facile pour le parent (environ 20-30 minutes!). En somme, le LUI : français est un outil prometteur pour évaluer l’utilisation du langage chez les enfants d’âge préscolaire. 

√ Pour les cliniciens travaillant au privé (ou pour les cliniciens au public qui désirent suggérer l’achat de cet outil d’évaluation), l’information pour obtenir cet outil :

 https://languageuseinventory.com/ (il est même possible de remplir le questionnaire en ligne et d’avoir des scores interprétés et des graphiques visuels des résultats). 

√ Pour l’instant, l’outil peut être utilisé à titre indicatif pour les enfants franco-canadiens (ou vous pouvez utiliser les normes anglo-canadienne avec réserve et prudence dans l’interprétation puisque le développement pragmatique est largement dépendant de la langue, du contexte, de la culture, etc). Vous pouvez toutefois utiliser les normes de cet outil pour une clientèle anglo-canadienne, population auprès de laquelle il est déjà normé.

√ Restez à l’affût : bientôt, des normes franco-québécoises seront disponibles pour cet outil ! Un grand merci aux chercheurs pour ce beau travail !

Référence complète:

Pesco, D., & O’Neill, D. (2016). Assessing Early Language Use by French-Speaking Canadian Children: Introducing The LUI-French. Canadian Journal of Speech-Language Pathology and Audiology, 40(3), 198-217. (en libre accès sur le site web de la revue canadienne d’orthophonie et d’audiologie (RCOA), profitez-en!) 

Pour des articles décrivant les qualités psychométriques de la version originale de l’outil (anglophone):  

O’Neill, D. K. (2007). The Language Use Inventory for Young Children: A Parent-Report Measure of Pragmatic Language Development for 18- to 47-Month-Old Children. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 50(1), 214-228.

Pesco, D., & O’Neill, D. K. (2012). Predicting Later Language Outcomes From the Language Use Inventory. Journal of Speech, Language & Hearing Research, 55(2), 4210-4434.