Intervention, Parole, Préscolaire, Scolaire

TDSP : Quelle est l’intensité optimale pour un traitement efficient ?

Titre de l’article : Intervention Efficacy and Intensity for Children With Speech Sound Disorder (Allen, 2013)

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Pourquoi en parler ?

Parce que le trouble de développement des sons de la parole est fréquent chez les enfants (15,6% des enfants de 3 ans selon Campbell et al., 2003). Et parce qu’on doit chercher à optimiser le temps qu’on passe auprès des clients afin d’obtenir le plus de résultats possibles avec le moins de thérapies possibles.

Un brin de méthodologie

54 enfants (âgés entre 3 et 5 ans, 72% de garçons, 28% de filles) ont été assignés aléatoirement à l’une des trois conditions suivantes :

  • 3 thérapies orthophoniques de 30 minutes par semaine pendant 8 semaines (groupe P3)
  • 1 thérapie orthophonique de 30 minutes par semaine pendant 24 semaines (groupe P1)
  • Lecture d’histoire (groupe contrôle)

Pour participer à l’étude, les enfants devaient rencontrer les critères d’éligibilité de l’IEP aux États-Unis, prononcer incorrectement au moins 6 sons suite à la passation du Goldman Fristoe Test of Articulation—Second Edition, réussir un test d’audition et réussir l’examen oro-moteur. Les enfants présentant une dyspraxie n’étaient pas admis dans l’étude.

L’approche choisie pour traiter les enfants de l’étude est l’approche par oppositions multiples (Williams, 2000a, 2000b, 2005) puisqu’elle est soutenue par des fondements théoriques solides. Cette thérapie oppose les sons qui sont distincts par le lieu d’articulation, le trait de voisement et le mode d’articulation.

Afin de bien comprendre les recherches qui s’intéressent à l’efficience des traitements, la compréhension des termes suivants est incontournable

Forme de la dose (Dose form)Fait référence au contexte des activités et des interactions lors des séances d’intervention. Comment se déroule l’intervention ? Ex. : jeu structuré, drill, etc.

Durée totale de l’intervention (total intervention duration)Sur combien de temps s’échelonne la thérapie ? Ex. : 4 mois, 2 ans, etc.

Fréquence de la dose (dose frequency) : Le nombre de séances effectuées par unité de temps et la durée de chaque séance. Ex. : 2 sessions d’intervention de 45 minutes par semaine, 1 session d’intervention de 30 minutes par semaine, etc.

Dose (dose) : Le nombre d’épisodes de traitement (teaching episode) par séance d’intervention. Pour le traitement des TDSP, la dose rapportée est souvent le nombre de tentatives de l’enfant par séance d’intervention (ex. : 5 essais pour chacun des 20 mots contenant la cible).

Intensité de l’intervention cumulative (cumulative intervention intensity) = dose x fréquence de la dose x durée totale de l’intervention. Les auteurs soulignent que cet aspect est peu documenté pour l’instant.

Pour cette étude, les groupe P3 et P1 ont reçu la même intensité d’intervention cumulative. Les groupes différaient pour la durée totale d’intervention (8 semaines VS. 24 semaines) et pour la fréquence de la dose (3x/semaine VS. 1x/semaine).

Les enfants des groupes P3 et P1 ont été évalués une première fois avant l’intervention, une deuxième fois après 8 semaines d’intervention et une troisième fois, 6 semaines après la fin de leur traitement (semaine 15 pour le groupe P3 et semaine 31 pour le groupe P1). Le groupe P1 a également été évalué à la semaine 24, suite à la fin des séances d’intervention. À chacune des ces évaluations, le pourcentage de consonnes correctes (PCC) a été évalué avec la tâche GFTA–2 Sounds-in-Words subtest. Les évaluations et les transcriptions ont été effectuées par des étudiants et des orthophonistes qui ne connaissaient pas les groupes auxquels les enfant participaient.

Les enfants recevaient l’intervention un par un (36 enfants) ou en dyade (18 enfants) par l’une des neuf personnes (sept orthophonistes et deux techniciennes en orthophonie) qui participaient à l’étude. Ces intervenantes ont reçu 6 heures de formation sur l’approche par l’auteure de l’article. Les séances avaient lieu à l’école de l’enfant, dans son service de garde ou à son domicile. L’intervenant écrivait une note pour les parents à la fin de chaque rencontre. Les cibles traitées étaient choisies individuellement pour chaque enfant. Le déroulement des séances et la progression des tâches sont décrits dans l’article.

En moyenne, les enfants du groupe P3 ont participé à 19,84/24 séances et ceux du groupe P1 à 19,42.

Résultats

  • Lors du pré-test, les résultats des groupes n’indiquent pas de différences significatives pour tous les aspects évalués (oro-moteur, PCC, GFTA–2 standard score, etc.).
  • Après 8 semaines d’intervention, le groupe P3 obtient de meilleurs résultats que le groupe P1 (taille d’effet modéré) et que le groupe contrôle (taille d’effet élevée). Il n’y avait pas de différences significatives entre le groupe P1 et le groupe contrôle.
  • Après 24 séances d’intervention, le groupe P3 obtient aussi de meilleurs résultats que le groupe P1 (taille d’effet modéré).
  • 6 semaines après la fin du traitement, les scores des enfants des groupes P3 et P1 ont augmenté, même s’il n’y a pas de différences significatives entre leur score après 24 séances et leur score 6 semaines post-intervention.

Discussion et limite

  • Ces résultats appuient l’idée qu’une intervention de plus grande intensité amène plus de résultats pour le traitement des TDSP lorsque l’approche des oppositions multiples est utilisée.
  • L’auteure indique que le manque de différence entre le groupe P1 et le groupe contrôle (après 8 semaines) peut être lié à la maturation, à l’apprentissage de la lecture ou à l’intervention du groupe contrôle qui a améliorer les habiletés phonologiques par inadvertance.
  • La dose a été difficile à contrôler, entre autres, parce que les enfants n’avaient pas tous la même quantité de sons ciblés.
  • L’approche des oppositions multiples est recommandée particulièrement pour les enfants qui présentent un TDSP modéré à sévère. Il est possible que les enfants qui avait un TSDP léger auraient mieux répondu à une autre approche.
  • Le PCC calculé avec la tâche du GFTA–2 était peut-être moins sensible qu’un PCC calculé avec un échantillon de langage plus grand.

Dans mon bureau : 

√ Si je ne suis pas familière avec la mesure du PCC (pourcentage de consonnes correctes), je me renseigne sur cette mesure qui a plusieurs usages : réaliser l’évaluation initiale de la phonologie, contribuer au niveau de sévérité du TDSP ainsi que mesurer les progrès. Christelle Maillart parle clairement de la démarche dans ce document :  « On divise le nombre de consonnes correctes par la somme du nombre de consonnes produites par l’enfant (y compris les erreurs) et le nombre de consonnes qui devraient être produites mais qui sont oubliées, le tout étant multiplié par 100 pour obtenir un pourcentage. Exemple : La production du mot « cartable » (/kaRtabl/) comme /katab/ donne un PCC de (3/ (3+2))*100 = 60%, /kaRtRa/ donne un PCC de (3/(4+2))*100 = 50%(Shriberg & Kwiatkowski, 1982). »

Pour /kaRtabl/ qui devient /katab/ : 

  • Nombre de consonnes correctes : 3
  • Nombre de consonnes produites par l’enfant (correctes + erronées) : 3
  • Nombre de consonnes omises : 2

Pour/kaRtabl/ qui devient /kaRtRa/ :

  • Nombre de consonnes correctes : 3
  • Nombre de consonnes produites par l’enfant (correctes + erronées) : 4
  • Nombre de consonnes omises : 2

√ Je m’informe sur l’approche par opposition multiple afin de pouvoir utiliser cette approche lorsque je rencontre des enfants qui ont un TDSP modéré à sévère : Williams, 2000 et Williams, 2005. Dans l’article, l’auteure souligne que cette approche est différente de l’approche qui cible les sons touchés par des processus phonologiques.

√ Pour les enfants pour qui cette approche est pertinente, je discute avec mes collègues, mon gestionnaire et mes patients des gains supplémentaires qui peuvent résulter d’une intervention de plus grande fréquence. Je vais lire l’article car il est disponible gratuitement en cliquant sur la référence au bas de cette page.

√ Je continue de m’informer sur les différentes approches pour le traitement des TDSP et, surtout, je me renseigne sur le profil des populations auprès desquelles ces approches ont démontré leur efficacité : âge des enfants, habiletés langagières expressives et réceptives, degré de sévérité du TDSP, stimulabilité des sons, etc.

Référence: 

Allen, M. (2013) Intervention Efficacy and Intensity for Children With Speech Sound Disorder, Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 56, 865-877, DOI : 10.1044/1092-4388(2012/11-0076)

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