Construire le consensus sur le trouble du langage : 59 experts se prononcent

Titre de l’article CATALISE: A Multinational and Multidisciplinary Delphi Consensus Study. Identifying Language Impairments in Children,  D. V. M. Bishop, Margaret J. Snowling, Paul A. Thompson, Trisha Greenhalgh (2016)

 

 

Pourquoi en parler ? : Parce que le trouble du langage est une clientèle courante en orthophonie et que la recherche sur le sujet est en plein essor ! Les auteurs de l’article ont créé un panel d’experts afin d’établir un consensus concernant l’identification du trouble du langage.

Un brin de méthodologie : 

46 énoncés ont été soumis à 59 experts de six pays. Lors de la première phase, les experts devaient évaluer les énoncés selon leur pertinence et leur validité sur une échelle de sept points. Les participants pouvaient aussi commenter les énoncés. Les deux premiers auteurs ont modifié les énoncés selon les réponses reçues avec, comme objectif, de rallier le plus d’experts possible. Lors de la deuxième phase, 27 énoncés modifiés ont été soumis au panel d’experts. Les participants devaient alors indiquer leur degré d’accord avec l’énoncé. Les 24 énoncés rapportés dans l’article sont ceux qui ont obtenu 80% du temps les réponses « en accord » ou « fortement en accord ». Lors de ce dernier tour, les participants pouvaient commenter les énoncés.

Résultats :

Voici, en vrac, 7 des 24 énoncés rapportés dans l’étude qui font consensus auprès de 80% des experts consultés. Chaque énoncé est commenté dans l’article et nous vous invitons à aller le lire pour mieux comprendra la pensée des auteurs et les nuances apportées. 

*J’ai tenté de traduire du mieux possible les énoncés présentés dans ce billet. J’invite fortement les lecteurs à consulter directement l’article pour avoir accès aux énoncés originaux. N’étant pas traductrice, certaines erreurs ont pu se glisser et affecter la signification du texte d’origine. Bonne lecture ! – Marie-Pier

1. Lorsque quelqu’un (éducatrice, parent, enseignant, professionnel de la santé) s’inquiète de la parole, du langage ou de la communication d’un enfant, celui-ci devrait être référé pour une évaluation. Un manque de progrès académiques, malgré l’aide offerte en classe, est aussi une situation qui nécessite une référence.

Les auteurs recommandent de se fier aux inquiétudes de l’entourage pour effectuer les références plutôt que d’organiser un dépistage universel.

2. Puisque les difficultés de langage peuvent passer inaperçues, l’évaluation du langage est recommandée pour les enfants qui présentent des difficultés de comportement, des difficultés psychiatriques et pour les enfants qui ont des difficultés de compréhension en lecture.

12. Il n’existe pas de distinction claire qui permette de séparer les troubles du langage d’une performance à la limite inférieure de la normale.

Les auteurs soulignent que plusieurs enfants identifiés comme ayant un trouble du langage performent au-dessus du  » -1 écart-type » sur plusieurs tests de langage usuels. Cela suggère que les instruments de mesure du langage ne permettent pas de détecter les troubles du langage qui affectent les activités de la vie quotidienne.

15. Il n’y a PAS de profil langagier « typique » pour les enfants issus de milieux défavorisés.

Le développement du langage est influencé par l’environnement social et linguistique. Certains experts indiquent qu’un profil hétérogène entre les différentes composantes du langage (ex. : des difficultés sémantiques sévères, mais un développement phonologique dans la normale) serait un indicateur de trouble du langage alors qu’un profil plus homogène (toutes les composantes du langage atteintes de manière égale) indiquerait que les difficultés sont causées par une exposition langagière inadéquate. Toutefois, la recherche ne supporte pas cette idée. Bien que la recherche indique que certaines composantes du langage soient plus sensibles à la stimulation offerte par l’environnement (ex.: vocabulaire), les connaissances ne permettent pas de distinguer les enfants dont les difficultés de langage sont d’origine « sociale » des enfants chez qui les difficultés de langage sont causés par autre chose. Les facteurs de risque sociaux et les autres facteurs de risque peuvent être présents chez un même enfant et il peut y avoir interaction entre ceux-ci.  

21. Les difficultés de langage arrivent souvent en concommitance avec d’autres difficultés d’origine neurodéveloppementales : difficultés d’attention, difficultés motrices, difficultés de lecture, difficultés sociales et difficultés de comportement.

En clinique, il est fréquent que les enfants aient plus d’une difficulté et ceci ne devait pas être une raison pour ignorer les difficultés de langage. Les difficultés de langage peuvent affecter le pronostic et les stratégies d’intervention utilisées.

22. Beaucoup de recherches ont étudié les enfants avec des difficultés de langage »pures » en utilisant des critères d’exclusion multiples. Toutefois, en clinique, accorder de l’attention uniquement à ces cas « purs » n’est pas approprié car la plupart de ces enfants ont également d’autres difficultés. 

23. De manière générale, le trouble du langage devrait être identifié et nommé qu’il y ait ou pas un écart entre les habiletés verbales et non-verbales. Quand un enfant a un trouble du langage et des pauvres habiletés non-verbales (ou encore des limitations significatives dans ses comportements d’adaptation), le premier diagnostic posé devrait être une déficience intellectuelle et le second diagnostic, un trouble de langage.

D’office, les auteurs indiquent que cet énoncé est le plus controversé de tous les énoncés présentés dans l’article. Toutefois, les auteurs l’incluent car il est basé à la fois sur l’opinion de la majorité des experts et il est supporté par les données issues de la recherche. Les auteurs indiquent, entre autre, que chez les enfants avec des difficultés de langage, les habiletés non-verbales ne sont ni prédictives du potentiel, ni prédictives de la réponse à l’intervention. Également, l’écart entre les scores (des habiletés verbales et non-verbales) est tellement instable à travers le temps qu’il ne peut pas servir à établir un diagnostic de trouble du langage, ni à classer les enfants selon des profils. Enfin, certains enfants avec de faibles habiletés non-verbales ont un langage adéquat. Ceci contredit la notion voulant que de faibles habiletés non-verbales limitent le développement du langage. Limiter l’intervention uniquement aux enfants qui ont un écart important entre les scores verbaux et non-verbaux implique qu’on refuse de desservir les enfants ayant les besoins les plus étendus et les plus sévères.

 

Dans mon bureau : 

– Parce que l’article est en accès libre, qu’il est facile à lire et qu’il permet de faire le point sur le sujet, nous vous incitons à aller le consulter, à le partager et à en discuter avec vos collègues et vos gestionnaires !

– L’article contient de multiples références très intéressantes. Au besoin, n’hésitez pas à consulter la bibliographie !

Références:

Bishop DVM, Snowling MJ, Thompson PA, Greenhalgh T, CATALISE consortium (2016) CATALISE: A Multinational and Multidisciplinary Delphi Consensus Study. Identifying Language Impairments in Children. PLoS ONE 11(7): e0158753. doi:10.1371/journal.pone.0158753

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