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Guidance parentale : deux ingrédients actifs gagnants !

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Titre de l’article :  Stimuler le développement langagier des jeunes enfants : état des connaissances sur l’intervention précoce en orthophonie (Sylvestre, A. & Desmarais, C., 2015)

Pourquoi en parler ? : En orthophonie et particulièrement avec les enfants d’âge préscolaire, on parle souvent de l’importance des interventions indirectes adressées aux parents dans le but de mieux soutenir le développement langagier de leur enfant. Quelques conseils classiques vous viennent certainement déjà en tête : «suivez l’intérêt de votre enfant», «mettez des mots sur ce que votre enfant regarde, ce qu’il fait, ce qui l’intéresse», «n’allez pas au devant des besoins de votre enfant dans le jeu». Sait-on vraiment par quels mécanismes ces conseils parviennent à être efficaces et pertinents ? Par quoi commencer quand l’un de nos objectifs est d’améliorer la qualité de la stimulation offerte par le parent ? Quels sont les ingredients actifs de telles interventions, c’est-à-dire ce qui est considéré essentiel à une intervention efficace ? On vous propose cet article qui fait le point sur ce qui compte vraiment dans les interventions ciblant la guidance parentale.  

Les ingrédients actifs de l’intervention précoce en orthophonie:

L’interaction parent-enfant et la stimulation du langage constitueraient les deux principaux ingrédients actifs (éléments essentiels) du développement du langage. Les interactions doivent être: fréquentes, chaleureuses, sensibles aux initiatives de communication de l’enfant pour favoriser sa prise de parole.

Deux étapes/comportements seraient essentiels afin qu’un parent présente de telles interactions fréquentes, chaleureuses et sensibles…

Premier ingrédient actif: La réceptivité (responsivity).

La capacité à détecter de façon juste les signaux de communication verbaux et non-verbaux de l’enfant (gestes, vocalisations, autres). 

Deuxième ingrédient actif: La réactivité (responsiveness).

La réactivité aux messages communicatifs de l’enfant. La capacité à répondre promptement et de façon contingente à l’enfant, en étant centré sur ces intérêts. 

 

Mécanisme sous-jacent = des techniques de stimulation démontrées efficaces

L’expansion (répétition des propos de l’enfant en partie ou en totalité + ajout de morphèmes ou mots) et le modèle verbal (répétition appropriée et juste d’une partie ou de la totalité des propos de l’enfant) sont deux techniques de stimulation qui ont été démontrées efficaces. 

*Des chercheurs ont mentionnés que les enfants qui présentent un retard ou trouble du langage (parlent moins, intelligibilité réduite) peuvent contribuer à ce que leurs parents leur parlent moins en retour (influence bidirectionnelle entre parent et enfant dans la communication). *À garder en tête pour intervenir de façon à ajuster la stimulation parentale en fonction de chaque enfant. 

Pourquoi mettre ce type d’intervention en place ?

Les résultats d’une méta-analyse (plus haut niveau d’évidence scientifique) (Kong & Carta, 2013) ont démontrés que les parents exposés à des interventions précoces optimisant les interactions parent-enfant sont significativement plus réactifs aux signaux de communication de leur enfant que les parents d’un groupe de comparaison n’ayant reçu aucune intervention particulière à ce niveau. Chez ces parents, le nombre de modèle verbaux et le taux général d’échanges ont augmentés. La majorité des études dans cette méta-analyse rapportent une amélioration des habiletés communicatives des enfants.

L’intervention orthophoniste-parent-enfant produirait des effets positifs significatifs sur le vocabulaire, la morphosyntaxe et le plus significativement sur la production de courtes phrases.

Comment mettre ce type d’intervention en place concrètement ?

  • Consulter l’article pour quelques exemples de programmes d’intervention précoce connus et efficaces. 
  • Fait intéressant: plusieurs programmes d’intervention ciblent maintenant de façon principale le développement de la réceptivité du parent. Par exemple, Yoder & Warren (2002) proposent des formations à la réceptivité qui suivent deux volets (1- formation à la réceptivité par des groupes orthophoniste/parent et 2- intervention triadique intensive orthophoniste/parent/enfant).
  • Quatre étapes sont proposées pour permettre au parent d’augmenter sa réceptivité lors des formations orthophoniste/parent (huit rencontres en 3-6 mois):
    • 1) sensibiliser le parent à porter une attention aux signaux de communication de l’enfant, même les comportements communicatifs non-intentionnels (ex: demander au parent d’observer ce que l’enfant regarde, touche ou fait).
    • 2) Encourager les parents à attendre que l’enfant produise un comportement interprétable avant de donner un modèle verbal (ex: attendre qu’il regarde un objet qu’il désire avant de le nommer).
    • 3) Miser sur ce qui attire l’attention de l’enfant pour suivre ses intentions de communication.
    • 4) Offrir une réponse qui se situe dans la zone proximale de développement de l’enfant (ex: si l’enfant pointe un objet, le nommer en utilisant un mot / si l’enfant pointe en nommant l’objet, proposer une courte phrase: tu veux le\la X ? )
  • Ensuite, pour l’intervention triadique, on intervient dans le milieu de l’enfant (maison, garderie, etc). On met en pratique les stratégies, on propose à l’enfant des activités qui l’intéressent et qui suscitent des intentions de communication, on observe l’enfant pour mieux interpréter ses intentions de communication, puis on offre des modèles verbaux qui expriment les intentions de l’enfant. 
  • Garder en tête : le but est d’augmenter la quantité d’énoncés pertinents pour l’enfant (dans sa ZPD) pour augmenter le dosage de la stimulation.

D’autres ingrédients à ne pas négliger…

Un premier objectif pour des enfants très jeunes ou qui parlent très peu est de promouvoir l’intentionnalité (augmenter les comportements de l’enfant qui servent à exprimer une intention). Un tableau dans l’article présente plusieurs techniques concrètes fréquemment décrites dans les programmes visant à promouvoir l’intentionnalité. À consulter ! 

Limite à garder en tête: Pour les études présentées plus haut démontrant l’efficacité des interventions précoces ciblant l’interaction parent-enfant, l’échantillon est souvent constitué d’enfants présentant des retards expressifs et non réceptifs. Il faudrait évaluer l’efficacité de ce type d’intervention dans de telles circonstances puisqu’ils sont peu représentés dans la littérature. 

Dans mon bureau : 

√  Je retiens qu’il a été démontré que les interventions qui misent sur la réceptivité et la réactivité des parents en lien avec les comportements et intentions de communication de l’enfant donnent des résultats positifs. Je peux donc définir des objectifs de thérapie plus spécifiques ciblant la stimulation parentale. Je pourrais par exemple amorcer une intervention indirecte (en modalité individuelle ou de groupe) en ciblant d’abord principalement un entraînement à la détection/reconnaissance/interprétation des signaux communicatifs verbaux et non-verbaux de la part de l’enfant. 

√ Au niveau des techniques de stimulation, je retiens qu’offrir des modèles verbaux ajustés à la ZPD de l’enfant et utiliser des expansions qui reprennent les mots de l’enfant ont également été démontrés efficaces. 

Je consulte l’article pour plus d’exemples concrets sur les façons d’augmenter les habiletés parentales en lien avec la réceptivité et réactivité. 

 

Référence:  Sylvestre, A. & Desmarais, C. (Juin 2015). Stimuler le développement langagier des jeunes enfants :état des connaissances sur l’intervention précoce en orthophonie. Revue A.N.A.E – Approche Neuropsychologique des Apprentissages chez l’Enfant. 135, 001-008. 
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