2

Test de dépistage francophone de phonologie

0

Erreurs morphologiques : marqueur clinique ou non ?

Pourquoi en parler ? : On entend souvent que la morphologie est une composante langagière particulièrement à risque chez les enfants présentant un trouble primaire du langage (TPL). Toutefois, il est admis que les dimensions langagières étant le plus à risque chez les enfants TPL varient en fonction de la langue parlée. Par exemple, des erreurs morphologiques seraient moins fréquentes pour les locuteurs de langues fortement fléchies (ex: islandais, français). Alors, devrait-on s’attendre à des difficultés saillantes en morphologie chez les enfants francophones présentant un TPL ? Est-ce un critère diagnostique ? Existe-il des marqueurs spécifiques dans le développement morphologique pouvant amener des informations sur la présence ou l’absence d’un TPL ?  Des pistes de réponses dans cette étude !

Un brin de méthodologie : Les études antérieures se sont centrées majoritairement sur une analyse ciblée de la morphologie sans tenir compte du développement parallèle des autres composantes langagières. Dans la présente étude, les auteurs comparent les habiletés morphologiques et lexicales d’enfants à développement typique à ceux d’enfants présentant un TPL afin de dresser un portrait plus global des forces et faiblesses de chaque groupe. Vu les données normatives chez les francophones (indiquant que des erreurs morphologiques sont rares dans le développement typique), les auteurs émettent l’hypothèse que les trouble primaires du langage chez les enfants francophones ne seront pas caractérisés par une présence plus élevée d’erreurs morphosyntaxiques. 

Participants:  36 enfants sont répartis en 3 groupes.

1) 12 enfants ayant un trouble primaire du langage (TPL) (certains diagnostiqués, d’autres en attente de diagnostique, mais tous ayant démontrés des résultats sous un minimum d’un écart-type de la moyenne à différentes mesures morphologiques et lexicales) (3:1 à 4:6 ans)

2) 12 enfants à développement typique du même âge (DT-A) (3:2 à 4:6 ans)

3) 12 enfants à développement typique ayant la même LMÉ (longueur moyenne d’énoncés en mots) que les enfants TPL (DT-LMÉ). (1:8 à 3:6 ans)

Donc, on a un groupe de comparaison par l’âge, et un groupe de comparaison par le niveau de développement linguistique général. 

Mesures: Les enfants des groupes 1) et 2) ont subit les mêmes tests. Les données des enfants du groupe 3) proviennent d’une étude antérieure et donc les mesures lexicales n’ont pas été administrées à ce groupe. Toutefois, le développement de ces enfants seraient typiques pour toutes les composantes du langage selon les parents. Un échantillon de langage (150 énoncés) pendant une période de jeu libre est codé avec la méthode SALT (Elin Thordardottir, 2005) pour analyser les dimensions spécifiques suivantes: LMÉ(nombre de mots), LMÉ (nombre de morphèmes), diversité dans l’utilisation des morphèmes, erreurs dans l’utilisation de la morphologie, omission de mots, diversité lexicale, composition lexicale. 

Résultats : 

Rappel: DT-A = développement typique du même âge / DT-LMÉ = développement typique présentant le même niveau langagier en termes de LMÉ (nombre de mots) / TPL = trouble primaire du langage

LMÉ (nombre de morphèmes) et diversité morphologique: Le groupe DT-A obtient des scores significativement plus élevés que les deux autres groupes, mais il n’y a pas de différence significative entre les groupes TPL et DT-LMÉ. Les enfants TPL utilisent donc moins de flexions grammaticales que les enfants à développement typique du même âge, mais un nombre similaire de flexions grammaticales que les enfants à développement typique pairés du même niveau linguistique (LMÉ) (enfants plus jeunes souvent, mais au même niveau de développement grammatical sur le plan linguistique). 

Erreurs morphosyntaxiques: Taux de réussite élevé dans les trois groupes (flexions verbales). Aucune différence statistiquement significative entre le nombre d’erreurs morphosyntaxiques chez les trois groupes. Qualitativement, les enfants TPL et DT-LMÉ ont moins de variété au niveau des temps de verbes, ceci pouvant refléter leur niveau de développement langagier plus bas de façon générale. Erreurs dans le choix du temps de verbe et dans l’accord avec le sujet très rares pour les trois groupes et inexistantes chez quelques enfants parmis les trois groupes. Fait intéressant: le groupe TPL produit un nombre plus élevé d’erreurs de type  »infinitif sans sujet » ou  »passé composé sans sujet » (ex: Peser quand même\Voler dans les airs\Aller dedans salon\ est tombé \ est tombé le monsieur) alors que ce type d’erreur est plus rare chez les deux autres groupes. 

Omission des objets clitiques et sujets: Nombre d’erreurs négligeable ou inexistant dans les trois groupes. Pas de différences statistiquement significatives entre les groupes.

Diversité lexicale (nombre de mots différents) et composition du vocabulaire (classes de mots): Seul le groupe DT-A obtient un score significativement plus élevé que les deux autres groupes pour la diversité lexicale. Les groupes TPL et DT-LMÉ sont similaires (pas de différence significative dans la diversité lexicale). Le groupe TPL utilise un nombre significativement plus élevé de mots  »sociaux » (ex; oui, non, bonjour, bye, ok) comparativement au groupe DT-A mais similaire au groupe DT-LMÉ. 

Points à retenir:

  • Les résultats suggèrent des difficultés généralisées au sein des composantes langagières plutôt que spécifiques à la morphologie/morphosyntaxe. Ce  délai généralisé serait caractéristique d’un TPL, en ce sens où les habiletés langagières du groupe TPL sont significativement plus basses qu’attendues pour l’âge, mais similaires à celles d’enfants à développement typique présentant le même niveau de langage (plus jeunes souvent).
  • La longueur moyenne d’énoncé chez un enfant présentant un TPL semble refléter un niveau similaire d’habiletés linguistiques générales, comme chez les enfants à développement typique plus jeunes.
  • La performance des groupes TPL et DT-LMÉ est comparable, suggérant une séquence développementale similaire en langage typique qu’en trouble primaire du langage.
  • Les erreurs morphosyntaxiques sont relativement rares au sein des trois groupes, même si le groupe DT-A utilise davantage de variété dans la morphologie.
  • Les erreurs d’objet clitique sont quasi-inexistantes chez les trois groupes.
  • La précision morphosyntaxique dans cet échantillon d’enfants est beaucoup plus grande que dans des échantillons d’enfants anglophones (autres études). Différences inter-linguistiques importantes dans la performance morphosyntaxique.

Limites de l’étude : Les auteurs ne mentionnent pas d’évaluation à l’aveugle (on ne sait pas si les administrateurs des tests ou les auxiliaires analysant les échantillons connaissent à quel groupe appartient chaque enfant dont l’échantillon de langage est codé). Deux enfants du groupe DT-LMÉ n’ont pas des échantillons de langage assez longs pour être analysés au niveau lexical, ce qui réduit la taille de ce groupe contrôle pour quelques mesures. La grande variabilité au niveau des conclusion/critères diagnostics en orthophonie dans le milieu francophone vs. anglophone (et même la recherche vs. la clinique) amène également une incertitude au niveau de la généralibilité des résultats. Il faudrait reproduire les même objectifs d’étude à plus grande échelle (plus grand échantillon) et avec des critères de sélection différents (par niveau de sévérité ?) pour pouvoir tirer des conclusions plus précises. De plus, certains enfants du groupe TPL n’avaient pas encore de diagnostique de TPL (il pourrait s’agir de retards de langage qui se résorberont, toutefois ceci est peu probable puisqu’ils présentaient des résultats différant de plus de 2 écarts-types avec la moyenne attendue pour plusieurs mesures). La variabilité dans le codage sur SALT et dans l’interprétation des propos de l’enfant selon le contexte peut avoir joué un rôle dans les résultats.  Des études comparant les performances lexicales et morphosyntaxiques en contexte spontané vs. solicité doivent être menées pour voir si le contexte peut influencer la performance morphosyntaxique. 

Dans mon bureau : 

Je retiens que les erreurs morphosyntaxiques ne constitueraient pas nécessairement une source de difficultés saillantes comparativement aux autres composantes du langage chez les enfants présentant un trouble primaire du langage. Ceci ne veut pas dire que les erreurs morphosyntaxique chez ces enfants sont sans importance. Ceci veut plutôt dire que de conclure à la présence d’un TPL en se basant exclusivement sur la présence ou l’absence de difficultés morphologique amènerait une sous-identification de TPL puisque de telles erreurs n’apparaissent pas comme étant caractéristique d’un TPL chez les francophones.

√ À la lumière de ces résultats, je comprends qu’une évaluation de la composante morphologique du langage uniquement ne pourrait révéler à elle seule la présence d’un trouble primaire du langage puisque ce qui semble être caractéristique de la présence d’un TPL est plutôt des habiletés langagières similaires à un enfant à développement typique plus jeune (donc, un niveau général plus bas d’habiletés langagières dans plus d’une sphère du langage).

√ Je me rappelle que ces résultats sont applicables à la population à l’étude uniquement: enfants d’âge préscolaire, unilingues francophones. Comme la présence d’erreurs morphosyntaxiques semblent fortement dépendre de la langue, ces conclusions ne pourraient dont pas être appliquées à un enfant bilingue ou à un enfant anglophone.

√ Et, biensûr, je vais lire l’étude complète et je consulte les annexes pour des exemples précis et concrets des erreurs des enfants de chaque groupe.

Référence: Thordardottir, E. T., & Namazi, M. (2007). Specific language impairment in French-speaking children: Beyond grammatical morphology. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 50(3), 698-715. (pdf intégral disponible entre autres sur le site de la BANQ) 

0

Une bande dessinée qui informe !

Connaissez-vous le blogue «Le Pharmachien»?

Il s’agit d’un blogue adressé au grand public qui a pour mission d’encourager les gens à développer leur sens critique et à faire de meilleurs choix en matière de santé. Ce pharmacien de formation s’attaque aux mythes scientifiques et médicaux de façon visuellement vivante, sous forme de bandes dessinées utilisant du langage très accessible et vulgarisé. Personnellement, je consulte son site très régulièrement et j’y apprends constamment de nouvelles informations de façon ludique.

Ce matin, on vous propose de lire sa récente bande-dessinée sur les études cliniques et, surtout, de porter attention aux rubriques mauves où des conseils sont donnés pour développer un sens critique face aux résultats d’articles scientifiques. Un excellent travail de vulgarisation, les conseils sont clairs, concrets et faciles à appliquer. Et, en plus, les dessins de la BD vous feront certainement pouffer de rire au passage !

On vous encourage à mettre en pratique ces précautions lors de lecture d’articles et même lors de la lecture de nos résumés sur le blogue (écrivez-nous, questionnez-vous, questionnez-nous, il s’agit de la meilleure façon pour tous d’aiguiser leur sens critique !)

Pour lire la BD, cliquez sur: «Comment faire dire tout ce qu’on veut aux études cliniques»

Bonne lecture !

Mélissa

etude-clinique_header_FB

 

 

 

 

 

 

 

 

(www.lepharmachien.com)