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Les inférences : Cours 101

Pourquoi en parler ? : Parce que la compréhension des inférences est très importante pour la compréhension des textes écrits et pour comprendre les conversations. Nous avons reçu quelques questions sur les inférences de la part de nos lecteurs et nous savons que c’est un sujet qui intéresse plusieurs orthophonistes. Même si la recherche en est encore à ses débuts, voici un article qui décortique les différentes sortes d’inférences. Et parce que comme disait une de mes professeurs à l’université : il n’y a rien de plus pratique qu’une bonne théorie ! Bonne lecture ! – Marie-Pier

Introduction : Les auteurs le soulignent eux-mêmes dans l’article, la recherche sur le développement des inférences (âge normal de maîtrise et interventions à privilégier pour les développer) en est encore à ses débuts. On parle d’inférences lorsque l’interlocuteur dépasse la compréhension littérale. La personne doit apporter une information supplémentaire à l’énoncé de départ. La compréhension d’un texte se déroule en deux étapes : il faut que le lecteur en extrait le sens (qu’il comprenne les mots et les phrases) et qu’il construise le sens. Si la manière d’extraire le sens diffère entre l’oral et l’écrit, la façon de construire le sens nécessite les mêmes habiletés inférentielles en modalité écrite ou orale. Des études ont montré que dès 4 ans, les enfants sont capables de réaliser des inférences en contexte d’histoires lues à voix haute. Cependant, le niveau de soutien apporté par l’adulte influencerait beaucoup cette aptitude. Les enfants auraient donc besoin d’accompagnement au départ, avant de réaliser des inférences de manière spontanée et autonome.

Un brin de méthodologie : Les auteurs ont procédé en 2 étapes. Tout d’abord, une recension des écrits a été effectuée rassemblant toutes les modèles de classification des inférences. Ensuite, une analyse de contenu a été réalisée. 23 documents ont été retenus pour l’analyse de contenu.

Résultats : Les inférences peuvent être classées de trois manières différentes. Noter que l’article propose des exemples pour démontrer chaque types d’inférences.

1. Source d’information
Les inférences peuvent être réalisées a) uniquement à partir d’informations contenues dans le texte, b) uniquement à partir de connaissances personnelles ou c) à partir d’informations du texte et de connaissances personnelles. Les inférences se trouvent donc sur un continuum selon si la source d’informations pour les réaliser provient du texte, de l’interlocuteur ou des deux.

Les inférences réalisées à partir d’informations du texte peut référer à la compréhension des temps de verbe, des pronoms, d’éléments logiques, etc. Quelques exemples : Louis a lancé la balle (Louis avait donc une balle); L’ours a vu l’abeille. Il l’a suivi jusqu’à sa ruche (Il remplace « l’ours »), Léo avait moins de bonbons qu’Agathe (Agathe en a plus que Léo).

Les inférences réalisées à partir des connaissances personnelles sont nombreuses : inférences de lieu, de temps, de but, d’action, de cause, de sentiment, de problème, etc. Une liste exhaustive (15 types d’inférences basées sur les connaissances personnelles) est présente en page 541 de l’article avec des exemples pour chaque type. Ces inférences contribuent à une compréhension approfondie d’un texte.

2. Contribution à la compréhension du texte

Toutes les inférences n’ont pas le même impact sur la compréhension d’un texte. On parle dans certains cas d’inférences obligatoires, lorsque l’inférence est nécessaire pour assurer la compréhension du texte, et d’inférences facultatives, lorsqu’elle enrichit un texte sans contribuer à sa cohérence.

Les inférences obligatoires regroupent 2 sous-catégories : les inférences anaphoriques, qui permettent d’établir le lien entre un référent et un mot qui le remplace (ex. : un pronom), et les inférences causales, qui établissent les liens de causalité entre les événements. Ces deux types d’inférences sont donc obligatoires pour bien comprendre un texte car elles contribuent à la cohérence. Les inférences anaphoriques sont basées directement dans le texte tandis que les inférences causales nécessitent que l’interlocuteur mobilise à la fois les éléments du texte et ses connaissances antérieures.

3. Direction

Les inférences nécessitent parfois que l’interlocuteur utilisent des informations fournies antérieurement dans le texte ou qu’il se projette dans ce qui est à venir.

Les inférences rétrogrades relient des événements à des informations fournies antérieurement dans le texte. Les inférences anaphoriques et causales (toutes deux obligatoires) sont dans cette catégorie. Plus la distance entre les deux informations à lier est grande, plus l’inférence serait difficile à réaliser.

Les inférences antérogrades sont celles où l’interlocuteur prédit la suite des événements ou anticipe les conséquences d’un événement. Ces inférences ne sont pas obligatoires à la compréhension du texte.

Les inférences orthogonales sont celles où l’interlocuteur ajoutent des détails à un événement (ex. : inférences de sentiment d’un personnage). Elles sont pas nécessaires pour la cohérence du texte.

En page 545, vous trouverez un tableau regroupant les 16 types d’inférences répertoriées et leur classification selon les trois critères (source d’informations, contribution à la compréhension, direction).

Les auteurs soulignent aussi les éducateurs en service de garde invitent peu les enfants à réaliser des inférences pendant la lecture d’histoire et qu’ils offrent peu de modèles aux enfants. Ils privilégient les inférences plus communes (prédiction, sentiment) et ne ciblent jamais les inférences basées uniquement sur le texte.

Limites de l’étude : Les auteurs soulignent que l’étude est exploratoire et que la triangulation des données, la double extraction et le double codage indépendants n’ont pas pu être effectués. Des documents ont également pu échapper aux chercheurs (ex. : s’ils ont été publiés dans d’autres langues que l’anglais et le français, par exemple).

Dans mon bureau : 

√ J’utilise les livres pour travailler les inférences et j’explique à l’entourage (parents, enseignants, éducatrices) l’importance de stimuler les inférences.

√ J’offre des modèles explicites d’inférences aux enfants. D’abord, des réflexions cohérentes où j’explique ce que j’ai compris et comment j’ai fait pour le comprendre. Par la suite, j’effectue des inférences erronées où j’invite les clients à repérer les erreurs que j’ai faites. Je peux ensuite poser des questions à l’enfant. Je partage avec les adultes qui côtoient l’enfant l’importance d’offrir un modèle et un accompagnement. Lentement, l’enfant peut prendre appui sur les modèles de l’adulte et effectuer des inférences de manière plus autonome.

√  Je varie les inférences que je stimule : rétrograde, de temps, de lieu, anaphorique, etc. J’insiste particulièrement sur les inférences obligatoires qui sont nécessaires à la compréhension d’une histoire (anaphorique, de cause, de problème).

√  Si ce thème m’intéresse, je vais lire l’article et j’imprime le tableau en page 545 qui regroupe et classe tous les types d’inférences.

Référence: Lefebvre, P., Bruneau, J. et C. Desmarais (2012) Revue des sciences de l’éducation, « Analyse conceptuelle de la compréhension inférentielle en petite enfance à partir d’une recension des modèles théoriques », 38:3, p. 533-553.