Quand des difficultés de langage passent inaperçues

Titre du livre : Language, Achievement, and Cognitive Processing in Psychiatrically Disturbed Children with Previously Identified and Unsuspected Language Impairements, Nancy J. Cohen et al. (1998)

Manikin InvestigationPourquoi en parler ? : Parce que les enfants qui ont des troubles du langage ont parfois d’autres difficultés, parce que les difficultés de langage ont des conséquences sur le comportement et le fonctionnement général au quotidien, parce que les difficultés langagières peuvent facilement passer inaperçues. De plus, le langage est un moyen utilisé par les parents et les professionnels pour intervenir sur toutes les autres difficultés (anxiété, comportement, sociabilité, apprentissage). Il est important que les difficultés langagières d’un enfant soient connues et prises en compte pour réaliser des interventions mêmes non-langagières.

Un brin de méthodologie :

L’auteure part d’une de ses études antérieurs et rappelle qu’il est fréquent que les enfants référés en psychiatrie présente un trouble du langage. Par contre, ces troubles sont souvent non-identifiés parce que les professionnels ne suspectent ni ne dépistent de difficulté de langage. Ils ne font donc pas de référence en orthophonie. Dans son étude de 1993, Cohen rapporte que de tous les enfants (entre 4 et 12 ans) référés uniquement pour des problèmes d’ordre psychiatrique, 33% avaient un trouble du langage qui n’avait jamais été suspecté. La sévérité de leurs difficultés de compréhension était similaire aux enfants chez qui des difficultés avaient été identifiées. Le groupe d’enfants chez qui les difficultés langagières étaient passées inaperçues avaient des symptômes plus importants de d’agressivité et de comportements externalisés.

Dans l’étude résumé dans ce billet (1998), 380 enfants référés en psychiatrie (âgés entre 7 et 14 ans) ont été évalués exhaustivement avec des tests formels pour le langage (pragmatique, compréhension, morphosyntaxe, habiletés narratives, etc.) et les habiletés cognitives (fonctions exécutives, mémoire, habiletés visuo-motrices, etc.).

Les conditions d’identification d’un trouble du langage étaient les suivantes :

– Un résultat sous la barre du deuxième écart-type sous la moyenne

– Deux résultats sous la barre du premier écart-type sous la moyenne

*Un enfant correspondant à ses critères, mais uniquement pour l’articulation ou la mémoire auditivo-verbale n’était pas identifié avec un trouble du langage. Les enfants avec une perte auditive ou un trouble envahissant du développement n’étaient pas inclus dans l’étude. Suite à cela, trois groupes ont été identifiés : 

– Les enfants avec un langage normal

– Les enfants avec un trouble du langage non-suspectés

– Les enfants avec un trouble du langage déjà identifiés

Résultats

Résumé 

– De tous les enfants avec un trouble du langage, 40% n’avaient pas été suspectés ou identifiés préalablement. Les auteures expliquent ce haut taux, entre autre, par le fait que ces enfants éprouvent moins de difficultés scolaires que les enfants avec un trouble du langage déjà identifié.

– Les problèmes de comportement qui justifiaient la référence n’étaient pas différents entre les trois groupes. Les trois groupes ne différaient pas non plus en terme d’âge, de type de famille ou de statut socio-économique.

– Sur 10 des 14 mesures de langage, les enfants avec un trouble du langage déjà identifiés et ceux avec un trouble du langage non-suspecté ne différaient pas. Leurs scores étaient plus bas que le score des enfants avec un développement langagier normal. Les deux groupes d’enfants avec un trouble du langage avaient des difficultés de compréhension similaires.

 – Les exceptions concernaient toutes les mesures expressives. Au sous-test formulation de phrases, ce sont les enfants avec un développement normal qui ont performé le mieux, suivis des enfants avec un trouble du langage non-suspecté. Les enfants avec un trouble du langage identifié préalablement ont eu le score le plus bas.

– Globalement, les enfants avec un trouble du langage non-identifiés ont obtenu un score similaire aux enfants avec un trouble du langage déjà identifiés. Pour certaines mesures, les enfants avec un trouble du langage non-identifiés ont obtenu un score plus élevé que les enfants avec un trouble du langage déjà identifiés, mais inférieur aux résultats des enfants normaux.

Performance détaillée – Langage

– Pour les tests structure de mots et habiletés narratives, les enfants déjà identifiés avec un trouble du langage ont obtenu un score plus bas que les enfants avec un développement normal. Les résultats des enfants avec un trouble du langage non-soupçonné ne différaient pas de ceux des deux autres groupes.

– Pour un test phonologique, il n’y avait pas de différence entre les trois groupes.

– Au test de Kaufman (évaluant les habiletés de lecture, d’orthographe et de mathématiques), les enfants normaux ont obtenu le meilleure score, suivis des enfants avec un trouble du langage non-identifiés. Les enfants avec un trouble du langage identifié préalablement ont eu le score le plus bas. Au sous-test de la lecture de pseudo-mots, les résultats étaient les mêmes. 

– Les enfants avec un trouble du langage déjà identifiés étaient plus nombreux à présenter des difficultés de lecture que les enfants avec un trouble du langage non-identifiés.

Performance détaillée – Cognition

– Fonctions exécutives : Les enfants déjà identifiés avec un trouble du langage ont obtenu un score plus bas que les enfants normaux. Les résultats des enfants avec un trouble du langage non-soupçonné ne différaient pas de ceux des deux autres groupes.

– Sur les mesures de mémoire, les enfants avec un trouble du langage (identifié ou pas) ont obtenu un score plus bas que les enfants normaux. Il n’y avait pas d’écart significatif entre les deux groupes d’enfants avec un trouble du langage

Dans mon bureau : 

√ Les auteurs soulignent que le langage sert à communiquer, mais aussi à développer un langage intérieur qui sert à se réguler émotionnellement, à apprendre, à appliquer une démarche de résolution de problème, etc. Il est suggéré que tous les enfants qui sont référés pour une évaluation psychiatrique passent systématiquement par un dépistage ou une évaluation de leurs habiletés langagières. L’identification d’un trouble du langage jusque là passé inaperçu permettrait à la fois de mieux comprendre les comportements des clients, mais également de leur offrir un traitement adapté à leurs difficultés.

√ Je m’intéresse au langage comme outil de communication, mais aussi comme outil de régulation et de médiation des apprentissages et des relations sociales. Le langage est à la fois un outil et un produit de l’intellect comme le soulignent les auteures.

√ Puisque la grande majorité des intervenants (psychologues, psychoéducateurs, enseignants, etc.) utilise d’abord et avant tout le langage pour évaluer et intervenir, je partage avec mes collègues les résultats de cette recherche

√ Quand un enfant a des difficultés de comportement, je porte une attention particulière à la compréhension. Si des difficultés sont identifiées, je fais un suivi avec les autres intervenants impliqués afin que les évaluations et les interventions soient adaptées.

Référence: Cohen, N. J., Barwick, M., Horodezky, N. B., Vallance, D. D. et N. Im, (1998) Language, Achievement, and Cognitive Processing in Psychiatrically Disturbed Children with Previously Identified and Unsuspected Language Impairements, Journal of child psychiatry, 39 (6), p.865-877
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