Intervenir en dyspraxie verbale – Trois approches gagnantes !

Titre de l’article : A Systematic Review of Treatment Outcomes for Children with Childhood Apraxia of Speech (Murray, E., McCabe, P. & Ballard, K. J., 2014)

Dyspraxie verbale 2

Pourquoi on s’y intéresse ? : La lecture et synthèse de cet article récent nous a été recommandé par Mme Line Charron, MOA, orthophoniste détenant une expertise en dyspraxie verbale (et offrant plusieurs formations à ce sujet via l’Ordre des orthophoniste et audiologistes du Québec). Nous avons déja résumé un article de Line Charron et Andrea MacLeod dans un billet précédent, en lien avec l’identification et l’intervention en dyspraxie verbale. La dyspraxie verbale fait partie des «diagnostics» que nous pouvons poser en orthophonie et nous sommes souvent appelés à évaluer et intervenir auprès de cette clientèle. Il existe plusieurs approches d’interventions en dyspraxie mais peu de consensus est établi et encore beaucoup de professionnels se questionnent face aux approches à favoriser :approche motrice ? approche linguistique ? système alternatifs de communication ? Dans cet article très récent, les auteurs nous offrent une revue systématique (revue méthodique et rigoureuse des écrits scientifiques sur le sujet) des types d’intervention en dyspraxie et leur efficacité. 

Un brin de méthodologie :  La méthodologie de cet article est rigoureuse et il est facile de s’y perdre puisque plusieurs décisions méthodologiques menant au choix des articles, à l’exclusion d’autres, et à la comparaison du niveau d’évidence des différentes études recensées y sont décrites en détails. En somme:

– Les auteurs mentionnent qu’il n’existe actuellement AUCUNE étude d’essai randomisé contrôlé (plus haut niveau d’évidence scientifique) publiée sur les interventions en dyspraxie verbale

– Même s’il n’existe pas de conclusions à haut niveau d’évidence dans la littérature, il existe plusieurs articles publiés sur le sujet qui peuvent aider à orienter les décisions des cliniciens. Pour cette étude, il s’agit donc d’une revue systématique de TOUS les niveaux d’évidence qui pourraient mener à une meilleure prise de décision clinique compte tenu des connaissances actuelles.  

– La revue systématique inclue des articles de 1970 à octobre 2012. Neuf bases de données en lien avec le domaine de l’orthophonie ont été utilisées. Seul les articles abordant le volet  »intervention » ont été retenus. Aucune exclusion basée sur le type d’intervention ou l’administration de l’intervention n’a été faite. Toutes les interventions (connues ou non, à appellation connue ou non) sont retenues. Des articles d’opinions d’experts, manuels d’intevention publiés et autres références ont également été inclus.

Types d’interventions/approches trouvées dans la littérature

23 articles ont été retenus au total. 11 d’entres elles abordaient des interventions de type «motrices» (mesures de précision de l’articulation et de la prosodie, placement articulatoire, indices multimodaux kinesthésiques, visuels, rythme de parole, basés majoritairement sur les principes de l’apprentissage moteur). 10 articles abordaient plutôt des interventions de types «linguistiques» (6 articles focusant sur les mesures des processus phonologiques, stimulabilité, conscience phonologique, longueur des productions, avec quelques indices moteurs, utilisation de la structure de phrase, etc). 2 articles abordaient les systèmes de communication alternative et augmentée (CAA), pour les enfants ayant très peu de progrès en production de la parole et chez qui une communication efficace représentait la priorité d’intervention. Ces 23 articles présentent au total 13 types ou approches d’intervention différentes ! Les auteurs mentionnent qu’alors qu’ils peuvent être classés comme majoritairement moteurs ou linguistiques, certaines approches incorporent à la fois des principes d’apprentissage moteur et d’autres des principes plus en lien avec la linguistique. 

Modalités des interventions 

– Tous des interventions individuelles (pas de groupes ni de dyades). 

– Les études visant les interventions «motrices» qui indiquent la fréquence suggèrent des interventions 3 fois par semaine (max. 1 fois par jour, min. 2 fois par semaine). Environ 20 à 60 minutes par séance.

– La plupart des interventions «linguistiques» étaient administrées 2 à 3 fois par semaine, entre 15 et 60 minutes par séance. Quelques études ont administrés des interventions intensives (chaque jour, à court terme). 

Résultats  : 

Types d’interventions

TOUS les articles ont rapportés des effets de l’intervention sur la majorité des participants, même si les objectifs et mesures étaient très variées. Par exemple, sur 23 participants ayant reçus des interventions «motrices», 21 ont eu des effets positifs de l’intervention (17 avec analyse statistique à l’appui). Sur 15 participants ayant reçus des interventions «linguistiques» (INtegrated Phonological Awareness Intervention), 11 ont vu leurs processus phonologiques diminuer en quantité et leurs habiletés de conscience phonologiques augmentées. Les études sur les CAA ont toutes démontrées une augmentation de la qualité de la communication. 

– Peu d’études parmis les 23 ont mesurées la généralisation des acquis (les effets perdurent-ils?) Ainsi, les auteurs rappellent qu’il n’est pas possible de déterminer l’efficacité des traitements à long terme. 

– Les trois approches avec le plus d’évidence après analyse (les deux premières sont motrices et la troisième est linguistique)

1- Integral Stimulation/DTTC (Dynamic Temporal and Tactile Cueing) (à favoriser avec des cas sévères de dyspraxie)

2- ReST (Rapid Syllabe Transition Treatment) (à favoriser avec des enfants de 7 à 10 ans présentant une dyspraxie légère à modérée)

3- Integrated Phonological Awareness Intervention (à favoriser avec des enfants de 4 à 7 ans présentant une dyspraxie légère à sévère)

*Le degré de généralisation varie largement pour les interventions et souvent les participants ayant les plus haut gains étaient ceux qui généralisaient leurs acquis. L’EXCEPTION est toutefois pour l’intervention linguistique (Integrated Phonological Awareness Intervention), où d’importantes mesures de généralisation ont été démontrées post-traitement malgré des résultats modérés en intervention. 

**Les auteurs mentionnent que TOUS les enfants des études devaient poursuivre les thérapies après leur bloc de 9 à 195 séances…! Démontrant explicitement que les enfant présentant une dyspraxie verbale ont souvent besoin de suivis à long terme, visant différents objectifs communicatifs. 

Modalités d’intervention

– Au moins 2-3 fois par semaine, avec des séances de jusqu’à 60 minutes. La dose (fréquence d’exposition à des cibles et à la pratique) doit être très élevée, environ 60 essais par séances. Les doses/intensité doivent augmenter avec le niveau de sévérité, tant pour les interventions motrices que linguistiques. 

– La pratique à la maison augmente la généralisation et le nombre d’expositions (fréquence des interventions). 

Dans mon bureau (beaucoup de choses cette semaine!): 

Je vais me renseigner sur les trois types d’approches nommées comme étant les plus efficaces selon les données actuellement disponibles dans la littérature. Plusieurs ressources en ligne, vidéos et descriptions des approches sont disponibles ! De plus, des articles scientifiqus décrivant chacunes des approches plus en profondeur sont disponibles, à consulter selon votre intérêt pour une approche en particulier !

√ Je choisis l’intervention la plus appropriée pour l’enfant en fonction de son âge et la sévérité des difficultés. 

√ Je garde en tête qu’il est important de connaître les principes régissant les trois types d’approches nommées pour pouvoir les utiliser en  »combinaison » et ainsi augmenter les chances d’une intervention efficace et généralisée au quotidien ! Ceci est d’autant plus important que la dyspraxie, selon sa conception actuelle, aurait une composante motrice forte en combinaison avec une composante linguistique importante (difficultés concomitantes langage/parole). 

√ Je me rappelle qu’une intervention qui donne des résultats modérés à court terme dans mon bureau peut avoir des résultats importants à long terme sur le plan de la généralisation des acquis (donc, ne pas nécessairement favoriser une approche qui fonctionne mieux en clinique avec l’enfant si on cible un apprentissage à long terme)

√ Si j’en ai la possibilité, je favorise des rencontres plus régulières (2 fois par semaine) et plus intensive (haute dose d’exposition et de pratique des cibles), à court terme, plutôt que des rencontres espacées dans le temps. Je collabore étroitement avec le parent dans le but d’augmenter la fréquence de la stimulation et de la généraliser dans d’autres contextes.

√ Les auteurs le confirment, ces enfants ont des besoins à LONG TERME, peu importe le taux d’efficacité des interventions. Un argument de poids à garder en tête lorsqu’on aborde l’offre de services qui est actuellement disponible pour nos enfants dyspraxiques, quel que soit leur age…!

Référence: “A Systematic Review of Treatment Outcomes for Children with Childhood Apraxia of Speech”, Elizabeth Murray, Patricia McCabe, and Kirrie J. Ballard, American Journal of Speech-Language Pathology, 2014, pp 1-19. (disponible gratuitement sur le site de la Bibliothèque des archives nationales du Québec! Abonnez-vous sans plus tarder !)
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2 réflexions sur “Intervenir en dyspraxie verbale – Trois approches gagnantes !

  1. Bonjour,
    Merci pour vos articles qui sont vraiment très très intéressants !!
    Je suis actuellement étudiante en orthophonie (en Belgique) et mon mémoire de fin d’études se construit sur la dyspraxie verbale. J’aimerais donc beaucoup avoir accès à cet article entier (gratuitement si possible), cependant je n’y parviens pas par le biais du lien que vous indiquez. Pourriez-vous m’aider ?
    Merci beaucoup par avance !

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