Il ne veut pas imiter… On fait quoi ?!

Pas le direTitre de l’article : When « Simon Says » Doesn’t Work : Alternatives to Imitation for Facilitating Early Speech Development (DeThorne, 2009) Pourquoi on s’y intéresse ? : Parce que tous les enfants ne réagissent pas de la même manière aux techniques standards en orthophonie (ex. phrase porteuse, question à choix, etc.) et parce qu’il est toujours bon d’avoir plus d’une corde à son arc ! Pour les enfants qui ont une dyspraxie ou un trouble phonologique, l’imitation des cibles soigneusement choisies par l’adulte est une stratégie reconnue. Toutefois, pour certains enfants, cette stratégie reste sans succès car ils ne sont pas enclins à imiter les productions de l’adulte. Ce résumé vous présente donc 6 stratégies appuyées par la recherche pour faire autrement lorsque les enfants n’imitent pas encore les cibles. Pour les enfants qui imitent déjà, d’autres stratégies sont à favoriser pour plus d’efficacité. Cette recherche est aussi souvent recommandée dans d’autres articles.

Un brin de méthodologie : L’article répertorie donc, suite à une recherche par mots-clés dans les bases de données, 6 stratégies et insistent sur le fait que les stratégies doivent être adaptées à chaque enfant. Pour chaque stratégie, les auteurs présentent le rationnel, les études qui appuient la stratégie et les exemples applicables en clinique.

Résultats  : 

Stratégie #1 : Donner accès à une communication alternative ou augmentée Une communication alternative et augmentée permet un échange et supporte le développement de sons. Par exemple, un cahier de communication avec des photos des personnes, des lieux et des objets préférés de l’enfant pourrait être mis en place. Les auteurs parlent également de l’utilisation des gestes ou de la synthèse vocale. Aucune étude n’indique que l’accès à une communication alternative limite ou freine le développement du langage oral. On y va donc sans gêne !

Stratégie #2 : Diminuer la pression de parler L’anxiété et le stress peuvent avoir un impact négatif sur la performance motrice. Par exemple, des marionnettes pourraient être utilisées ou des interventions avec d’autres enfants pourraient faire diminuer la pression sur l’enfant. Les questions et les demandes d’imitation devraient être réduites au minimum. Les commentaires devraient être en grande majorité.

Stratégie #3 : Imiter l’enfant Pour ces enfants, l’imitation est en soi un comportement à stimuler et un objectif à atteindre ! Donc, de la même manière qu’on offre une cible lorsqu’on travaille un son, on présente le comportement à acquérir, donc on imite l’enfant pour que l’enfant nous imite =) On peut imiter à la fois le comportement et les vocalisations. L’imitation serait donc une compétence qui pourrait être apprise (enfant : ta-ta, orthophoniste : ta-ta, par terre !). Lors du choix des cibles, il serait préférable de tenir compte des caractéristiques phonologiques que l’enfant produit déjà. Si l’enfant ne produit pas spontanément de mots à 2 syllabes et qu’il possède seulement les sons « b, m, p, n », il faut donc donner des modèles de mots à 1 syllabe avec ces phonèmes (ex. : bas, pont, main, etc.). Les comportements non-verbaux peuvent être imités par l’orthophoniste en ajoutant un bruit (ex.: l’enfant bâille et l’orthophoniste l’imite en ajoutant un son de bâillement). Si l’enfant produit des mots intelligibles, les autres vocalisations ne devraient plus être imitées, simplement interprétées (enfant : ta-ta, orthophoniste : par terre !).

Stratégie #4 : Diminuer le débit et exagérer l’intonation L’intonation exagérée est un peu comparable au rythme d’une chanson qui soutient aussi la production des mots (en aphasie par exemple). Les chansons ne favoriseraient pas la compréhension des mots, mais soutiendraient la production des sons. Par exemple, la première syllabe d’un mot pourrait être prononcée avec un tonalité plus haute et la deuxième plus basse (ex. « fi-ni »).

Stratégie #5 : Augmenter la rétroaction auditive, visuelle, tactile et proprioceptive Les enfants qui ont des difficultés phonologiques peuvent être moins habiles à tirer profit des indices sensoriels. Ainsi, pincer nos lèvres quand on produit « en bas » peut aider l’enfant à mettre ses deux lèvres ensembles pour produire le « b ». Toucher l’enfant pourrait aussi l’aider à mieux sentir le mouvement pour produire des sons.

Stratégie #6 : Ne pas mettre l’accent sur les mouvements oraux non-verbaux  Ces mouvements peuvent interférer avec la parole et sont distincts des mouvements nécessaires à la production de la parole. Pour tous les détails, voir cet autre résumé.

Dans mon bureau: 

√ J’applique ces stratégies lorsque nécessaire et je les explique au parent. 

√ Je favorise les commentaires et je pose très peu de questions en présence de ce type d’enfant.

Référence: DeThorne, Laura S., Louise Walder et Jamie Mahurin-Smith (2009) American Journal of Speech-Language Pathology, When « Simon Says Doesn’t Work : Alternatives to Imitation for Facilitating Early Speech Development, 18, p.133-145
Publicités

3 réflexions sur “Il ne veut pas imiter… On fait quoi ?!

  1. On dirait réellement des stratégies tirées tout droit de la philosophie d’intervention de la Dynamique naturelle de la parole !!!!

    Stratégie #1 : Donner accès à une communication alternative ou augmentée

    En DNP, on produit des traces d’articulation, des histoires à raconter au bout des doigts, et toutes sortes de moyens visuels de représenter la parole!

    Stratégie #2 : Diminuer la pression de parler

    Dans les formations en DNP, on répète sans cesse qu’on propose propose propose, démontre démontre démontre, imprègne imprègne imprègne, sans jamais attendre de résultat précis et immédiat

    Stratégie #3 : Imiter l’enfant

    C’est aussi un des principes de l’anthropologie du geste de Marcel Jousse, un des fondements de la DNP

    Stratégie #4 : Diminuer le débit et exagérer l’intonation

    La DNP, c’est agrandir à tous le corps les mouvements de la parole, c’est aussi du travail rythmique pour encadrer la parole: le travail sur la prosodie a une très grande place

    Stratégie #5 : Augmenter la rétroaction auditive, visuelle, tactile et proprioceptive

    C’est exactement et tout à fait le principe actif de la DNP. Une présentation simultanée et cohérente des paramètres de la parole et du langage dans toutes ces modalités sensorielle!!!

    Stratégie #6 : Ne pas mettre l’accent sur les mouvements oraux non-verbaux

    La DNP, c’est de la parole, par la parole, pour la parole

    Enfin, bref… inouï… ça fait des années qu’on le dit, ça fait des années qu’on nous répond que c’est assez hasardeux la DNP parce qu’on n’a pas de données probantes… mais à la quantité de cliniciens qui en constatent l’efficacité, c’est peut-être pas le même niveau de probité qu’un étude contrôlée avec groupe expérimental et groupe contrôle, mais enfin? Il y a quand même des gens sérieux qui ont écrit cet article que Marie-Pier nous rapporte (merci en passant pour tout ce blog, c’est génial!!!), des gens sérieux qui ne connaissent pas la DNP mais qui parlent des mêmes principes… on n’a peut-être pas déraillé tant que ça, finalement!!!

  2. Merci du commentaire ! Et oui, la recherche vient parfois ébranler nos pratiques, mais elle vient aussi renforcer ce qu’on faisait déjà de bon =) Et il est toujours intéressant de chercher à isoler les « ingrédients actifs » qui sont au coeur de l’efficacité d’une intervention plus large. Ces principes demeurent actifs et efficients qu’on les applique à l’isolé ou en concomitance avec autres choses. Ils peuvent s’appliquer à plusieurs clientèles (les auteurs rapportent beaucoup d’étude avec les enfants qui présentent un trouble dans le spectre de l’autisme qui parlent peu par exemple).

    Enfin, simplement pour préciser, tel que souligné dans l’article, ces principes devraient s’adjoindre ou être remplacés par d’autres dès que les capacités d’imitation de l’enfant évoluent. Ainsi, solliciter de l’imitation directement n’est pas une technique à évacuer complètement lorsque des difficultés praxiques et phonologiques sont présentes =)

    Merci pour la publicité sur Orthophonie-Québec Yvon 😉 On est super heureuses que d’autres orthophonistes découvrent notre blogue et se joignent à notre lectorat =)

    • Ça me fait vraiment plaisir. Tout cuit dans le bec vaut vraiment la peine qu’on en parle.

      Et oui, n’importe quelle technique reste une technique tant qu’on n’en isole et n’en comprend pas les principes actifs. C’est évidemment vrai pour la DNP!

      Et comme je le disais dans des échanges privés, je fait toujours une sélection à la pièce de « principes actifs » de diverses sources pour préparer le traitement d’un enfant donné.

      Merci encore pour votre blog les filles! Lâchez pas!

      Y

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s