Normes, normes, normes !

french
Titre de l’article : Typical performance on tests of language knowledge and language processing of French-speaking 5-year-olds. (Thordardottir, Kehayia, Lessard, Sutton & Trudeau, 2010). 

Pourquoi on s’y intéresse ? : Une raison simple: encore plus de normes franco-québécoises à utiliser en clinique ! Vous le savez, l’évaluation des habiletés langagières d’enfants fancophones au Québec est complexe en raison de l’absence d’outils normées pour cette population. L’équipe d’Elin Thordardottir nous offre dans cet article des normes franco-québécoises chez des enfants âgés de 49 à 71 mois pour plusieurs outils couramment utilisés en contexte clinique québécois. Nous l’avons vu dans le résumé sur les tests normalisés en orthophonie,  il n’est pas possible de tirer des conclusions entièrement justes sur les perfomances d’un enfant francophone à un test normé pour des enfant anglophones. Le présent article le confirme une fois de plus en nous montrant qu’il peut exister des différences d’un écart-type entier entre les moyennes des performances d’enfants franco-québécois et celles d’enfants franco-canadiens à un test francophone  ! Pour toutes ces raisons, il est impératif de connaître cet article datant de 2010, qui devrait être une référence-clé et qui est trop peu utilisé en évaluation orthophonique.

Un brin de méthodologie :

Participants: Trois groupes d’âges ont été évalués : 4 ans et demi (49 mois à 56 mois), 5 ans (57 à 63 mois) et 5 ans et demi (64 à 71 mois). Ces groupes d’âges ont été choisit pour ce premier travail de normalisation puisqu’ils relètent les âges auxquels les enfants sont généralement vus pour la première fois en évaluation othophonique au Quebec. Tous les enfants sont monolingues (français) et ont été recrutés à Montréal. Ils présentaient un développement typique sur le plan médical, cognitif et langagier.

Procédures et mesures choisies: L’article inclut des mesures sur les plans réceptifs et expressifs du langage, ainsi que sur le plan de la narration et du traitement du langage (language processing).  Les tests en lien avec les habiletés de traitement du langage ont été choisit parce qu’ils ont été démontrés comme étant des mesures diagnostiques efficaces en langage (voir notre résumé de l’article de Leonard, 2014). Les habiletés langagières ont été mesurées formellement et informellement (corpus spontané de langage). Les tests et mesures choisis sont les suivants (consulter l’article complet pour lire les procédures de passation et notation/compilation de chaque test): 

  1. Échelle de vocabulaire en images Peabody (EVIP): mesure du vocabulaire réceptif originalement développé en anglais, mais traduit et adapté à des canadiens francophones. Il a été démontré que ces normes sous-estiment le vocabulaire d’enfant franco-québécois car les normes canadiennes ont inclut des enfants bilingues francophones. 
  2. Le Carrow (adaptation franco-québécoise du Test of Auditory Comprehension of Language, TACL-R): mesures du langage réceptif (vocabulaire/classe de mots, morphosyntaxe/morphèmes grammaticaux et syntaxe/phrases complexes). Test largement utilisé en contexte clinique, ayant été adapté, traduit et réordonné (ordre des items) par un groupe d’orthophonistes (1999) pour mieux refléter le développement langagier en français. 
  3. Répétition de non-mots: Liste de non-mots développée pour le français québécois (Courcy, 2000). On évalue le pourcentage de phonèmes bien répétés. 
  4. Imitation/répétition de phrases du CELF-P: Sous-test du CELF-Préscolaire où la répétition de phrase est mesurée à l’aide de support visuel (histoire : Le grand déménagement). Une adaptation québécoise des phrases en anglais a été effectuée par Royle et Thordardottir (2003). 
  5. Exécution de directives du CELF-4: Traitement et compréhension de consignes longues et complexes. 
  6. LMÉ/Échantillon de langage spontané: Mesures de la longueur moyenne d’énoncés (LMÉ) à l’aide du logiciel SALT (Systematic Analysis of Language Transcripts) 
  7. The Edmonton Narrative Norms Instrument (ENNI): Set  »A » Habiletés de narration. (Deux mesures: Premières mentions et grammaire d’histoire). Des études ont démontrées des différences importantes dans les résultats d’enfants anglophones avec et sans trouble du langage. 
  8. Rapid Automatized Naming (RAN) : Évaluation liée aux pré-requis à la lecture puisque les habiletés en jeu dans ce test sont fortement reliées à la reconnaissance de mot ultérieurement. 
  9. Empan – CELF-4: Évaluation de la mémoire à court-terme et mémoire de travail. 

Résultats  : Des tableaux présentent les moyennes et écarts-types pour chaque mesure et chaque groupe d’âge (bien lire la légende pour utiliser les résultats, car certains résultats sont des scores bruts et d’autres sont des pourcentages ou scores standards). Certaines moyennes francophones diffèrent de plus d’un écart-type par rapport aux normes anglophones (voir l’EVIP) ! Un tableau présente aussi les corrélations entre les différentes mesures du langage (par exemple, les résultats au test d’imitation de phrases et au test de répétition de non-mots sont fortement corrélés, mais la LMÉ n’est corrélée avec aucun autre test, ce qui démontre la pertinence de cette mesure unique puisqu’elle évalue des habiletés très différentes). 

Les résultats sont préliminaires (groupes d’âges et échantillon restreint). Notons également que les résultats reflètent les performances d’enfants monolingues francophones de Montréal, et que des études sont en cours pour inclure des enfants de toutes les régions de la province. 

Tel qu’il est expliqué dans la discussion de cet article, la comparaison des résultat d’un enfant aux normes appropriées n’est pas suffisante pour conclure à la présence ou à l’absence d’un trouble de langage. Alors que les cas les plus sévères sont faciles à détecter, des difficultés modérées ou  »limites » rendent la prise de décision pour difficile. Ainsi, les auteurs mentionnent que leur prochaine étape (qui a été complétée en 2011, voir plus bas!) est de vérifier à quel point chaque test permet de statuer sur la présence ou l’absence d’un trouble du langage. 

Dans mon bureau: 

√ Je consulte l’article original dans son entiereté (voir la référence ci-bas pour accéder gratuitement à l’article en ligne!) et je garde les tableaux de résultats à proximité pour compiler les résultats d’une évaluation utlisant les tests dont il est question (EVIP, ENNI, Répétition de non-mots, Répétition de phrases du CELF, Exécution de directives du CELF, Carrow (TACL-R), échantillon de langage spontané analysé avec le logiciel SALT). 

√ Lorsque j’évalues un enfant monolingue francophone (âgé de 4 ans à 5 ans) dans ma pratique, j’utilise ces nouvelles normes (et non les normes originales anglophones ou les normes franco-canadiennes) pour mieux comparer l’enfant aux performances typiques attendues pour son âge et, ainsi, mieux statuer sur la présence de difficultés en langage. Pour appliquer les résultats de cette recherche, il faut bien entendu utiliser les mêmes outils/tests si ceux-ci sont disponibles en contexte clinique. Si vous n’avez pas accès aux outils dont il est question dans l’article, rassurez-vous, certains sont gratuits et facilement accessibles : 

  • Les phrases adaptées au français québécois pour le sous-test  »imitation de phrases » du CELF-Préscolaire sont disponibles en écrivant au chercheur principal. 
  • Le test de répétition de non-mots utilisé (Courcy, 2000) se retrouve en annexe de l’article suivant de Thordardottir (2011): Sensitivity and Specificity of French Language and Processing Measures for the Identification of Primary Language Impairment at Age 5. Cet article est gratuitement disponible sur le site des Bibliotheques et archives nationales du Québec (et son téléchargement vous sera utile de toute façon puisqu’il sera très prochainement résumé sur le blogue!)
  • L’ENNI (images pour évaluer la narration et feuilles de notation) est gratuitement accessible en ligne: http://www.rehabresearch.ualberta.ca/enni/

√  (J’attends avec impatience le résumé de la suite de cet article, soit l’article de Thordardottir et al. (2011) qui reprend les résultats du présent article et évalue les mesures et les scores qui sont les plus sensibles pour détecter la présence d’un trouble du langage!)

Référence: Thordardottir, E. T., Kehayia, E., Lessard, N., Sutton, A. & Trudeau, N. (2010). Typical performance on tests of language knowledge and language processing of French-speaking 5-year-olds. Canadian Journal of Speech Language Pathology and Audiology, 34(1), 5 16. (Disponible gratuitement en ligne via la revue canadienne d’orthophonie et d’audiologie, cliquez sur la référence!) 
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