Objectifs morphosyntaxiques : comment les travailler ?

Titre de l’article : Ten principles of Grammar Facilitation for Children With Specific Language Impairments (Fey, 2003)

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Pourquoi on s’y intéresse ? : Parce qu’après avoir parlé du choix des objectifs, il faut aussi savoir comment les travailler ! Parce qu’il est parfois difficile de créer des situations naturelles dans lesquelles pratiquer ces objectifs et parce qu’on a jamais trop d’idées! Voici donc un véritable coffre à outils pour travailler tous ces objectifs.

Un brin de méthodologie : L’article ne constitue pas une revue systématique. Les auteurs rapportent plusieurs études et partagent leur vision. Ils supportent entre autre la thèse de Leonard à savoir ce que les enfants avec une dysphasie développent les formes morphosyntaxiques plus lentement que les autres enfants. Les formes les plus difficiles à acquérir seraient celles qui sont représentées de manière faible, irrégulière, rare ou sémantiquement opaque. Ainsi, les interventions devraient viser à renverser ces difficultés donc, à rendre ces formes morphosyntaxiques plus présentes, moins opaques, plus saillantes phonologiquement et plus fréquentes dans les activités. Les principes présentés sont bons pour tous les enfants avec des difficultés morphosyntaxiques, mais particulièrement pensés pour les enfants de 3 à 8 ans.

Les principes 5 à 10 sont présentés ici. Pour voir les précédents (qui traitent du choix des objectifs), lire le résumé disponible ici.

Résultats  : 

Principe #5

Parfois, les formes à stimuler sont peu fréquentes. Le contexte est alors une des choses qui doit être planifié et réfléchi lors des thérapies. L’orthophoniste peut modifier les routines et l’environnement social, physique et linguistique de plusieurs manières : en ne respectant pas les routines et les habitudes, en retenant des objets ou en donnant seulement une partie, en se trompant intentionnellement, en devenant moins coopératif, en modifiant la fonction des objets. Une poupée/marionnette peut aussi être utilisée. Par exemple, si on travaille les prépositions, la poupée (ou l’orthophoniste peut dire) : « Le téléphone, c’est pour manger. » Et l’enfant pourrait être tenté de dire « Non, c’est pour appeler. » Ou encore, si on travaille la négation : « On a pris du fromage et du pain. » Et l’enfant : « Non, on n’a pas pris de pain ». Ça vaut vraiment la peine d’y réfléchir ! Et ça permet de garder la stimulation écologiques et proche des productions naturelles de l’enfant.

Principe #6

Varier les contextes dans lesquels on travaille la morphosyntaxe (conversation, narration, langage écrit pour les enfants plus vieux, etc.). Tant à l’évaluation qu’en intervention, il faut investir tous ces contextes. Certaines formes sont plus présentes dans certains types de discours (certaines formes sont parfois seulement utilisé à l’écrit). Il est donc préférable de prendre avantage de ces contextes et de choisir d’abord le type de discours dans lequel la forme travaillée est la plus fréquente.

Principe #7

Manipuler non seulement la situation, mais aussi le discours pour rendre certaines formes plus saillantes (en les allongeant, en les produisant plus fort avec une intonation particulière). En plaçant l’élément en fin d’énoncé, on peut le rendre plus saillant : « Il y a une chaise. Il y a en UNE ». Ces occasions sont par contre plus rares en français qu’en anglais (voir l’article pour les exemples en anglais). On peut aussi opposer les formes : Il ne saute pas, il VA SAUTER.

Principes #8

Utiliser la reformulation ! Technique hyper-connue en orthophonie, mais parfois remplacée dans nos bureaux par une demande d’imitation. Pourtant, la reformulation a fait ses preuves. Elle permet à l’enfant d’entendre la différence entre la forme qu’il a produit et la forme plus mature de l’adulte. Les auteurs indiquent quatre présomptions sur lesquelles reposent la reformulation :

– Parce que les phrases de l’adulte sont contingentent aux propos immédiats de l’enfant, elles sont directement en lien avec ce que l’enfant regarde.

– Parce qu’elle respecte le plus possible la phrase de l’enfant (structure, idée), elles sont plus faciles à comprendre et à analyser pour lui.

– Parce qu’elle nécessite peu d’analyse de l’enfant, il est plus facile pour l’enfant de noter les différences entre sa production et celle de l’adulte.

– Lors d’une situation où l’attention conjointe est présente, les relations entre les sens plus subtils des morphèmes et les fonctions sémantiques/pragmatiques de ces derniers peuvent être rendues plus transparentes.

Si l’enfant est « fonctionnellement » prêt pour les cibles travaillées, la reformulation fréquente est une bonne manière d’intervenir. Elle a toutefois ses limites (ex. : si la phrase de l’enfant est correcte, mais courte pour l’âge). Les auteurs répertorient certaines études qui indiquent que les reformulations doivent être fréquentes (au moins 2 par minute) pour être efficaces et que c’est une stratégie qui peut être enseignée à l’entourage (parent et éducatrice).

Principes #9

Le style télégraphique est à éviter (ex. : Moi manger gâteau pour Je mange du gâteau). Un style télégraphique prive l’enfant d’une régularité des formes et l’empêche de développer la compréhension des morphèmes (qui est souvent nécessaire avant de les produire). Même les enfants qui ne prononcent pas ces mots (e.x : les auxiliaires a, va, est) peuvent parfois s’y fier pour identifier le mot qui vient après (ex. : dans l’exemple donné, l’enfant saura que le mot suivant est un verbe).

Principes #10

Les demandes d’imitation (Ex. : Peux-tu le dire : « C’est mon chapeau ») sont des interventions plus intrusives et moins centrées sur l’enfant. Les auteurs voient les demandes d’imitation non pas comme une manière d’apprendre le langage, mais plutôt comme un exercice qui attire l’attention de l’enfant sur la cible à produire et qui lui permet d’en apprendre la forme phonologique. Il serait aussi bon lors de tel exercice de contraster les formes et d’alterner (ex. : Il va manger la soupe. Il mange la soupe. Il va courir. Il court). L’article indique clairement que les demandes d’imitation ne peuvent être utilisées de manière isolée (comme seule intervention).

Dans mon bureau: 

√ Je prends du temps pour réfléchir au contexte des thérapies et pour analyser comment rendre les formes à travailler plus saillantes, plus fréquentes et plus stables dans la thérapie.

√ J’utilise beaucoup la reformulation et quelques fois l’imitation. J’explique aux parents et à l’entourage tous les avantages de la reformulation.

√ Je n’utilise pas le style télégraphique peu importe la clientèle (ex. : déficience intellectuelle, dysphasie, etc.)

√ Je varie les contextes (narration, jeu symbolique, conversation, etc.) dans lesquels je travaille la morphosyntaxe.

√ Je suis consciente que l’input que j’offre à l’enfant est mon premier outil de travail. J’y mets donc toutes mes énergies ! Comment je formule mes phrases, ce que j’accentue, comment je reformule, le nombre de fois que j’expose l’enfant; ce sont les meilleurs outils que j’ai pour développer la morphosyntaxe.

Référence: Fey, Marc et al. (2003) American Journal of Speech-Language Pathology, Ten principles of Grammar Facilitation for Children With Specific Language Impairments, 12;1, p.3-15 
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