Objectifs morphosyntaxiques : quoi choisir ? selon quels critères ?

Titre de l’article : Ten principles of Grammar Facilitation for Children With Specific Language Impairments (Fey, 2003)

Pourquoi on s’y intéresse ? : Parce qu’on a déjà parlé du vocabulaire, de la phonologie et de la compréhension ! Parce que les difficultés en morphosyntaxe se reflètent autant dans le langage oral que dans le langage écrit et parce qu’on a toujours besoin de lignes directrices pour adresser un problème vaste comme les difficultés morphosyntaxiques !

Un brin de méthodologie : L’article ne constitue pas une revue systématique. Les auteurs rapportent plusieurs études et partagent leur vision. Ils supportent entre autre la thèse de Leonard à savoir ce que les enfants avec une dysphasie développent les formes morphosyntaxiques plus lentement que les autres enfants. Les formes les plus difficiles à acquérir seraient celles qui sont représentées de manière faible, irrégulière, rare ou sémantiquement opaque. Ainsi, les interventions devraient viser à renverser ces difficultés donc, à rendre ces formes morphosyntaxiques plus présentes, moins opaques, plus saillantes phonologiquement et plus fréquentes dans les activités. Les principes présentés sont bons pour tous les enfants avec des difficultés morphosyntaxiques, mais particulièrement pensés pour les enfants de 3 à 8 ans. Seulement 4 des 10 principes présentés dans l’étude seront résumés ici. Les autres le seront dans les prochaines semaines.

Résultats  : 

Les auteurs se positionnent dans une perspective de communication large. Ainsi, pour eux, la morphosyntaxe n’est jamais une fin en soi et a TOUJOURS pour but de soutenir un objectif plus grand : une communication fonctionnelle. Voici les quatre principes qui touchent le choix des objectifs :

Les auteurs identifient 3 « niveaux » d’objectifs : généraux, intermédiaires, spécifiques :

Principe #1

Les objectifs généraux choisis doivent aider l’enfant à atteindre un but communicatif plus facilement. Par exemple, un des objectifs pourrait être que l’enfant raconte un événement vécu avec plus de clarté. Les auteurs placent la morphosyntaxe comme une des sphères du langage qui est au service de la conversation, de la narration, etc. Certains diront que formuler ces objectifs larges est plus facile à dire qu’à faire, mais qui a dit que notre travail était facile 😉

Principe #2

Exceptionnellement ou jamais, choisir uniquement des objectifs qui touchent la morphosyntaxe. Entre autre, parce qu’il est extrêmement rare que des déficits soient présents uniquement pour la composante morphosyntaxique. Se poser des questions complémentaires, comme : quelles sont les autres composantes qui sont à risque de poser problème plus tard ? sur le plan social ? lors de l’apprentissage du langage écrit ? etc.

Principe #3

Sélectionner des objectifs intermédiaires qui visent à stimuler l’acquisition d’un processus, plutôt que d’enseigner une forme précise. Un processus pourrait être de produire les sujets en début de phrase, d’intégrer les déterminants ou les auxiliaires dans les phrases, plutôt que de cibler uniquement les déterminants « un/une ». Stimuler le système grammatical « général » de l’enfant faciliterait ses apprentissages hors de notre bureau. Ainsi, le choix de ses objectifs « intermédiaires » est très importants. En stimulant ces objectifs plus larges, on risque d’avoir un impact plus large aussi !

Principes #4

Choisir des objectifs spécifiques en se basant sur le besoin pour l’enfant d’acquérir ces nouvelles formes ou selon sa zone proximale de développement (readiness). Les auteurs nomment deux contextes qui seraient propices au progrès : l’intervention visant une structure que l’enfant utilise de manière inconstante ou des structures que l’enfant ne produit pas encore tout en construisant des phrases qui devraient les inclure. Ex. : « C’est moi joue » au lieu « C’est moi qui joue »; « J’ai envie dessiner » pour « J’ai envie de dessiner. »

Les six autres principes seront résumés dans un autre article ! Vous pouvez aussi les lire par vous-mêmes en cliquant sur le lien dans le bas de ce billet.

Dans mon bureau: 

√ Je me dis qu’il est peut-être temps de questionner la technique des objectifs « micro-gradués ». Il serait ainsi plus « payant » sur le long terme de stimuler une catégorie ou une fonction de la phrase plutôt que de choisir des cibles trop précises.

√ Je choisis des objectifs morphosyntaxiques (généraux, intermédiaires et spécifiques) avec soin en me basant pas seulement sur ce que l’enfant ne produit pas encore, mais surtout sur ce qu’il lui serait utile d’apprendre pour compléter ses phrases. Les progrès risquent d’être plus grands et plus fonctionnels ainsi.

Je ne dérive pas d’objectifs des tests formels ou informels où l’enfant doit compléter des phrases ou générer des phrases dans un contexte incitatif/restrictif. Le corpus spontané est le meilleur endroit où regarder pour trouver des objectifs morphosyntaxiques de qualité.

Référence: Fey, Marc et al. (2003) American Journal of Speech-Language Pathology, Ten principles of Grammar Facilitation for Children With Specific Language Impairments, 12;1, p.3-15 
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