La dyspraxie, tout court !


Titre de l’article: La dyspraxie verbale chez l’enfant : identification,  évaluation et intervention (Charron, L., MacLeod, A. A. N., 2010)

Pourquoi on s’y intéresse ? :  Ce billet s’appelle  »la dyspraxie, tout court! » parce que je trouve que cet article sur Glossa (en français!) se lit très facilement et répond aux questions courantes entourant la dyspraxie : Quels sont les meilleurs indicateurs actuels de la dyspraxie ? Quelles sont les distinctions entre une atteinte phonologique et une atteinte praxique ? Comment bien évaluer un enfant dyspraxique ? Comment choisir les bonnes cibles d’intervention et surtout, sur quels principes baser la réadaptation ? Ces questions vous intéressent ? Lisez ce court résumé, tout court !

Pratiques actuelles en dyspraxie

1- IDENTIFICATION :

Trois tableaux sont disponibles pour aider à l’identification de la dyspraxie.

  • Un premier souligne des indices de dyspraxie orale dans l‘histoire de développement de l’enfant (développement global, aspects moteurs non verbaux et aspects phonétique et phonologiques).
  • Le deuxième propose les aspects moteurs non verbaux et verbaux à évaluer pour mieux identifier la présence d’une dyspraxie. Pour les mouvements non verbaux, l’important est de comparer la perfomance des habiletés motrices dans des actions automatiques versus les actions volontaires (sur demande), d’actions isolées versus des actions en séquences, d’observer l’influence du contexte (nouveauté ou non ?) sur la maîtrise de l’habileté motrice et enfin d’observer des particularités reliées à l’alimentation. Il est aussi question de comparer le niveau d’habiletés selon les facilitateurs (visuels, tactiles, sensoriels) fournis. 
  • Une évaluation standard phonologique doit suivre afin (1) d’établir le répertoire de phonèmes de l’enfant (2) de déterminer les processus/transformations phonologiques utilisés. De plus (3) une analyse approffondie des aspects phonotactiques est nécessaire en évaluation de la dyspraxie (structure de syllabes, structure de mots, structure/rythme de la phrase). 

En compilant les résultats à ces trois évaluations de l’enfant, ASHA (2007) propose trois critères qui différencie la dyspraxie verbale des autres atteintes touchant la production des sons de la parole (dysarthrie, troubles phonologiques, etc):

  1. Erreurs inconstantes dans la production d’un même mot ou même syllabe
  2. Allongement/discontinuité des transitions d’un phonème ou d’une syllabe à l’autre
  3. Prosodie inappropriée (surtout en anglais étant donné la valeur lexicale que porte l’accentuation)

D’autres indicateurs présentés dans la littérature jugés pertinents par les deux auteurs:

  • Écart réceptif/expresif
  • Retard/déviance au niveau de l’acquisition des structures de syllabes et de mots (persistance de l’usage de structure simples)
  • Atteinte de la séquenciation
  • Transformation des voyelles
  • Tâtonnement occasionnel
  • Erreurs inconstantes de voisement

Un tableau est disponible pour aider au diagnostic différentiel entre la dyspraxie verbale et le trouble phonologique. Quelques exemples :

  • La dyspraxie se caractérise par la présence de symptômes moteurs (ex: tâtonnements) alors qu’il n’y en a que rarement pour les troubles phonologiques.
  • Un enfant dyspraxique aura plus d’erreurs touchant la syllabe alors que les erreurs seront souvent plus importantes en phonétique pour le trouble phonologique.
  • La prosodie est touchée en dyspraxie et ne l’est pas pour un trouble phonologique
  • …beaucoup d’autres ! (consultez le tableau)

2- INTERVENTION:

La littérature appuie l’idée d’établir en priorité une communication interpersonnelle puis, ensuite, une communication orale. Il faut donc considérer tous les moyens de communication utilisés par l’enfant (mots, gestes, images). Elle appuie aussi l’utilisation d’une approche qui combine les aspects moteurs (attention, ceci ne veut pas dire des exercices non-verbaux, continuez à lire…) et les aspects linguistiques. 

Les indices

  • Fournir des indices visuels, kinesthésiques et auditifs permettant d’encoder les aspects temporels et spatiaux des mouvements
  • Mettre l’accent sur des résultats sensoriels (fournir des feedbacks sensoriels, visuels, auditifs).
  • Encourager l’enfant à maintenir plus longtemps la position des articulateurs en position de départ pour ressentir davantage la tension/tonicité nécessaire.
  • Faire des démonstrations, donner des instructions verbales, simplifier, décortiquer la tâche.
  • Fournir un feedback direct et bref et au besoin, donner des indices pour aider à améliorer (manipulation directe ou instructions verbales)

La pratique:

On travaille un phonème toujours dans le même contexte jusqu’à une production correcte ou on varie les cibles dans lesquelles il se retrouve ?

La littérature montre qu’il serait plus bénéfique de travailler plus qu’un objectif phonétique à la fois (ex: pratiquer une consonne et un type de structure syllabique). La pratique variable a des effets supérieurs à la pratique constante (augmente la généralisation)

On travaille une cible à la fois ou plusieurs cibles dans la même séance ?

La pratique aléatoire est favorisée, et vise la production de plusieurs mouvements ou cibles (ex: plusieurs phonèmes différents) en alternance dans une même session. Cela favorise la généralisation et flexibilité motrice. 

Comment structurer les séances ?

La recherche montre que des sessions courtes et fréquentes sont plus appropriées. (La nouveauté est difficile pour les enfants dyspraxique, il faut donc viser la généralisation dès le début!)

Le choix des cibles

Clé du succès: l’orthophoniste doit chercher à équilibrer le développement du répertoire phonémique et la maîtrise des structures syllabiques de l’enfant. Objectif du traitement: Maîtrise de la structure syllabique et l’organisation dans une variété de contextes linguistiques dynamiques. 

Le travail des praxies buccofaciales est rarement utile et il n’y a que peu de contextes justifiant de les travailler, par exemple pour améliorer les habiletés d’imitation en général ou améliorer la force musculaire en présence de faiblesse (hypotonie), augmenter la conscience des structures orales, etc. En d’autres mots, pour développer la parole, il faut travailler la parole. 

Les préalables suivants doivent être mis en place avant toute intervention: motivation, capacité d’attention au mouvement et compréhension de la tâche. L’enfant doit apprendre à regarder, imiter et se servir des indices pour améliorer ses productions. 

On s’assure d’un bon niveau de maîtrise (90%) avant d’augmenter le niveau de difficulté. 

 Dans mon bureau :

√  Je vais lire ce court article et j’imprime les tableaux d’indicateurs de la dyspraxie (et j’intègre son contenu à mes histoires de cas et mon évaluation d’un enfant chez qui je soupçonne une dyspraxie)

Pour développer la parole, il faut travailler la parole. Les enfants dyspraxique ont beaucoup de difficulté avec la nouveauté, je travaille donc la généralisation dès que possible en travaillant les cibles dans des mots concrèts, des phrases, et je passe vite à la conversation spontanée une fois les indices moteurs et le résultats souhaitée compris par l’enfant. Dans certains milieux, il est difficile de voir l’enfant à long terme, ainsi je présente la cible dans les contextes les plus variés en gardant les mêmes indices sensoriels pour favoriser la généralisation (ex: plutôt que de commencer par la réalisation isolée du phonème ou de la syllabe cible, pour ensuite passer à un mot, pour ensuite passer à une phrase). 

√ Je n’ai pas peur de conclure à la présence d’une dyspraxie maintenant que je connais bien les critères pour un diagnostic différentiel entre dyspraxie et trouble phonologique !

Référence complète :  Charron, L. & MacLeod, A.A.N. (2010). La dyspraxie verbale chez l’enfant: identification, evaluation et intervention. Glossa, 109, 42-54. (disponible gratuitement en ligne sur Glossa en cliquant sur la référence)
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3 réflexions sur “La dyspraxie, tout court !

  1. La dyslexie et la dyspraxie sont deux troubles distincts. Les enfants avec une dyspraxie peuvent avoir ou non des difficultés à lire; on ne peut donc pas généraliser pour tous. Les difficultés qui mènent à une conclusion de dyslexie sont assez spécifiques. Ce ne sont donc pas tous les enfants qui ont des difficultés à lire qui ont une dyslexie. Donc, un enfant avec une dyspraxie peut aussi avoir des difficultés de lecture sans avoir une dyslexie. Toutes les « combinaisons » sont possibles. En espérant que ma réponse soit éclairante =)

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