Les conseils qu’on remet sont appliqués si…

Titre de l’article:  Parent-Directed Approach to Enrich the Early Language Environments of Children Living in Poverty (Leffel, K., Suskind, D., 2013)list

Pourquoi on s’y intéresse ? : Ne vous laissez pas dissuader par le titre de l’article, ce résumé intéressera les orthophonistes de tous les horizons et de toutes les clientèles ! (J’en prépare un autre sur un thème connexe écrit par quelqu’un que vous connaissez sûrement… À suivre !) En orthophonie, les interventions indirectes (effectuées par l’entourage), les stratégies à appliquer, les conseils et les devoirs remis aux clients sont courants. Mais voilà, comment mettre les chances de notre côté et présenter ces conseils de la meilleure manière pour qu’ils soient repris le plus possible ?

Un brin de méthodologie : Cet article parle des théories et des techniques sur lesquels reposent 2 programmes :

Thirty Million Words Project : Mouvement et intervention visant à combler l’écart de vocabulaire entendu en bas âge par les enfants des milieux défavorisés. À 3 ans seulement, les enfants des milieux vulnérables auraient entendu 30 millions de mots de moins que les enfants des milieux favorisés; d’où le nom du projet.

Project ASPIRE : Intervention ayant pour cible les parents des enfants avec une perte auditive issus d’un milieu vulnérable. L’objectif est également d’aider les parents à donner à leur enfant un input langagier plus riche.

Ces deux programmes sont bâtis sur une intervention de type indirecte où on intervient auprès du parent afin qu’il reprenne les stratégies auprès de son enfant et qu’il influence donc positivement le développement de son langage. Les interventions étaient effectuées à domicile. Les auteurs énoncent clairement les fondements sur lesquels leurs programmes sont construits :

1. Augmenter les connaissances du parent sur le développement typique du langage des jeunes enfants et l’impact de leur input sur le développement du langage de leur enfant est très important pour provoquer un changement chez le parentAinsi, des phrases comme : « Juste en parlant, vous construisez et vous renforcez les connections dans le cerveau de votre enfant » ou « Juste en parlant, vous aidez votre enfant à être prêt pour l’école et vous l’aidez à atteindre son plein potentiel » étaient incluses dans les discussions.

2. Développer la croyance que les capacités cognitives et langagières de l’enfant sont malléables et qu’elles sont influencées par l’input linguistique du parent aide les parents à se voir comme des agents de changement dans le développement de leur enfant. Pour accroître ceci, l’intervenant pouvait dire des phrases comme : « C’est ce que vous dites qui fait que le cerveau de votre enfant grandit ! » ou encore « Les enfants développent leur intelligence au contact des personnes qu’ils côtoient. Ils ne naissent pas en sachant tout.« 

3. Offrir du feed-back objectif et régulier sur l’input langagier du parent motive et renforce les changements effectués. Lors des rencontre, un séance de jeu parent-enfant était filmée et une rétroaction vidéo immédiate était donnée par la suite en regardant avec le parent le vidéo et en insistant sur ce que le parent faisait de bien. Des phrases comme : « Je vous vois vous intéresser à ce que votre enfant fait, ça fait en sorte que tous les mots que vous dites aident son cerveau à grandir!« . Des stratégies de stimulation langagière étaient discutées avec le parent. Un graphique illustrant des données étaient aussi présentés : le nombre de mots entendus par le bébé par jour, le nombre d’heures où la télévision a été ouverte, le nombre de tour de parole, etc. Comment ces chiffres étaient obtenus ? Les enfants portaient sur eux un micro qui enregistrait pendant 16 heures leur environnement sonore et un programme (LENA : Language ENvironment Analysis) analysait tous ces chiffres et les sortait sous forme de tableau. Les parents pouvaient donc se donner un objectif et voir leur progression. N’est-ce pas génial !?

Résultats : Plusieurs changements ont été constatés auprès des dyades parent-enfant participantes : un input langagier plus diversifié (selon la classe de mots) et plus grand (plus de mots entendus par l’enfant), des interactions langagières plus fréquentes et plus de tour de parole. Malgré le fait que le comportement langagier des parents aient diminué post-intervention, il est quand même demeuré plus élevé qu’avant l’intervention.

Limites : Les auteurs relèvent bien que interventions indirectes reposant sur l’entourage (le parent dans ce cas-ci) prennent pour acquis que la personne formée a le temps au quotidien « d’administrer la thérapie » et d’appliquer les stratégies; ce qui peut être difficile dans les familles monoparentales et/ou lorsqu’une famille est composée de plusieurs enfants.

Dans mon bureau :

Avant de donner des stratégies, j’insiste sur l’impact important que ça aura sur la personne en difficulté. Plus on est convaincu que ce qu’on fait change quelque chose, plus on est motivé à le faire !

√ Je prends le temps d’expliquer et de vulgariser pourquoi telle ou telle attitude est importante. Les analogies sont particulièrement efficace pour cela ! Ex.: Dire que lorsqu’on reformule en disant le mot plus fort, c’est comme si l’empreinte du mot dans le cerveau était plus forte, comme lorsqu’on appuie sur une étampe. 

√ Je donne le plus de feed-back concret que je peux à l’entourage et au parent : « Vous avez dit : Oh ! Il a fait une chute ! C’est bien, le mot « chute », il ne le connaît peut-être pas encore et on l’entend moins souvent que le mot « tombé ». C’est comme ça qu’il va apprendre des nouveaux mots. »

√ Je crois que cet article s’applique à toute les clientèles : bégaiement, voix, aphasie, enfant, scolaire, etc. La manière de remettre les conseils peuvent faire toute la différence entre un client (et un entourage !) impliqués ou pas dans l’intervention.

Référence complète : 

Leffel, K., Suskind, D. (2013) Parent-Directed Approaches to Enrich the Early Language Environnments of Children Living in Poverty. Seminar Speech and Language, 34, p. 267-277.

*Une présentation (pour le projet Aspire) est disponible ici.

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4 réflexions sur “Les conseils qu’on remet sont appliqués si…

  1. Vraiment intéressant! C’est clairement le genre de choses qui peut bonifier nos pratiques auprès de clientèles vulnérables. Merci pour le résumé !

    • Merci pour votre commentaire Émilie ! Nous sommes toujours heureuses d’entendre que nos résumés peuvent avoir des effets sur la pratique clinique de nos lecteurs !

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