Pour des évaluations plus dynamiques en orthophonie !

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Titre de l’article: The Case for Dynamic Assessment in speech and language therapy (Hasson, N. & Joffe, V. 2007)

Pourquoi on s’y intéresse ? : Dans le billet l’orthophoniste et les tests normalisés, on a vu que les tests normalisés présentent plusieurs limites dans l’évaluation du portrait communicatif d’un individu dans son entièreté. On sait aussi que ces tests sont difficilement applicables à des clientèles linguistiquement et culturellement diverses ou simplement difficiles à tester de façon standardisée (attention fragile, troubles comportementaux, etc). L’évaluation dynamique pourrait être une méthode gagnante dans l’évaluation de ces client (et, même, pour tous les clients !) et permettre de révéler la compétence et les difficultés langagières et cognitives des personnes évaluées en orthophonie. 

Résumé de l’article et points à retenir :

L’évaluation dynamique, c’est quoi ?

L’évaluation dynamique se base sur les théories de Vygotsky, qui expliquent qu’un plus grand succès est possible quand un enfant apprend en collaborant avec une personne plus expérimentée ou habile. La différence entre les performances individuelles de l’enfant et ses performances lorsqu’il est accompagné ou aidé est ce que Vygotsky appellait la «Zone proximale de développement» (jusqu’à maintenant, rien de nouveau pour les orthophonistes!) L’évaluation dynamique permet d’évaluer ce potentiel d’apprentissage, plutôt que d’évaluer un niveau de performance «statique» tel que le permettent les tests normalisés. Le but de l’évaluation dynamique est de révéler le plein potentiel et les performances maximales d’un individu par l’enseignement/les démonstrations/l’étayage pendant l’évaluation et d’évaluer la performance améliorée qui en découle.

Pourquoi utiliser une méthode d’évaluation dynamique en orthophonie ?

  • Le langage est une habileté multidimensionnelle qui ne se prête pas facilement à des mesures uniques tel qu’avec des tests normalisés. Une évaluation formelle ne permet pas de saisir entièrement comment l’enfant approche une tâche ou de bien comprendre les difficultés qu’il rencontre. Ce type d’évaluation formelle n’a que très peu de valeur dans la planification des interventions et des objectifs à prioriser. Une évaluation de type dynamique centrée sur le processus de réflexion de l’enfant serait donc un pas de plus vers une approche plus informative du portrait de l’enfant.
  • Enfants difficiles à évaluer: Dans l’article, on donne comme exemple les enfants bilingues ou des populations culturellement ou linguistiquement diverses, des enfants avec des pertes auditives, des troubles ou perturbations comportementaux, enfants dans le spectre de l’autisme, etc. Les modifications apportées aux tests standards pour accomoder ces populations auront pour conséquence de les déstandardiser. Nous devons évaluer la réponse à l’intervention pour ces enfants ainsi qu’identifier les méthodes et stratégies qui fonctionnent avec eux et qui leur sont accessibles.
  • Les méthodes d’évaluation typiques ne permettent pas de rapidement donner des stratégies et méthodes d’intervention pour l’entourage de l’enfant. Une évaluation de type dynamique permettrait aux parents de savoir plus rapidement comment assister leur enfant dans son apprentissage du langage. L’évaluation dynamique a ausis pour avantage de démonstrer aux parents les stratégies qui aident leur enfant.
  • Prédire le potentiel de progrès: Plutôt que d’évaluer l’enfant dans un premier temps et d’entreprendre des interventions «test» pour vérifier la réponse de l’enfant aux interventions (est-il stimulable?), les auteurs indiquent qu’une évaluation dynamique nous donnent ces informations d’emblée. Les réponses de l’enfant sans puis avec aide de l’adulte permettent d’évaluer le pronostic ou le potentiel de changement.

Comment faire de l’évaluation dynamique ? 

La méthode implique plus souvent l’étalonage ou la présentation d’indices gradués en difficulté (du moins aidant au plus aidant). On fournit une facilitation de plus en plus directe de la réponse désirée. (Des exemples de la graduation d’indices donnés à l’enfant: la répétition de la consigne, l’ajout de support visuel ou gestes, l’utilisation de phrases porteuses, la démonstration et le modelage direct de la réponse attendue, etc).  Moins l’enfant a besoin d’indices pour apprendre ou répondre tel qu’attendu, plus son potentiel d’apprentissage est élevé. En fait, la quantité ou le type d’indices donnés pour susciter la réponse chez l’enfant est une mesure de sa zone proximale de développement !  Le type d’indices donnés et la manière avec laquelle l’enfant utilise ces indices pour s’aider permettent de différencier les enfants présentant de véritables troubles du langage (difficultés persistantes malgré l’étalonnage) de ceux présentant simplement des différences culturelles et linguistiques ou des expériences différentes.

L’évaluation dynamique peut se faire en mode «test-enseigne-retest» (on utilise un test normalisé et pendant la passation, on enseigne des stratégies ou on démontre à l’enfant ce qu’on attend comme réponse et comment y parvenir, puis on retest l’enfant sur les mêmes éléments et on mesure sa capacité à utiliser ses nouveaux apprentissages pour répondre). On peut aussi tester une seule fois, en offrant de l’étalonnage à chaque question/élément évalué et en observant le progrès de l’enfant avec support pour chaque élément difficile et son amélioration en cours d’évaluation. 

Trois composantes sont impératives au succès de l’évaluation dynamique:

1- L’évaluateur doit expliquer et montrer au client qu’il désire l’aider à s’améliorer et à apprendre

2- Le but de l’activité doit être clairement partagé avec la personne évaluée

3- L’évaluateur doit aider l’enfant à faire un lien entre l’activité et d’autres contextes plus signifcatifs dans lesquels l’habileté lui servira.

Limites

  • Une évaluation dynamique prend trop de temps ! En fait, si on y pense bien, on apprend à connaître l’enfant bien plus rapidement et on sauve quelques rencontres d’intervention où on essaie différentes stratégies pour aider l’enfant. On apprend rapidement à connaître lesquelles sont bénéfiques et, en plus, on démontre rapidement au parent des façons d’aider leur enfant. 
  • C’est beau l’évaluation dynamique, mais nos milieux demandent des niveaux de sévérité clairs et objectifs ! En réponse à cela, les auteurs mentionnent que l’évaluation dynamique mérite d’être utilisée et explorée davantage afin d’encourager les milieux à être plus ouverts d’approches alternatives à l’évaluation d’enfant plus à risque. D’autant plus qu’elle permet d’évaluer la pertinence d’intervention individualisée ou non pour chaque enfant. 

Dans mon bureau :

√ Je fais en sorte que les processus et les stratégies d’apprentissage du langage et les habiletés métalinguistiques du patient aient leur place dans l’évaluation en orthophonie, dans le but de mieux comprendre les causes des manifestations des difficultés en langage. 

√ Je consulte l’annexe B de l’article  »Alternative Assessment of Language and Literacy in Culturally and Linguistically Diverse Populations » (Laing, S. & Kahmi, A., 2003) pour un exemple d’étalonnage (indices gradués) en évaluation de la conscience phonologique.

√ Si je désire en apprendre davantage sur l’évaluation dynamique du langage en orthophonie pour la clientèle préscolaire (et du premier cycle du primaire) :

  • Je peux m’inscrire à l’activité de formation continue offerte par l’OOAQ et donnée par Mme Julie Bélanger : «Pratiquer l’orthophonie auprès de jeunes enfants difficiles». (J’y ai assisté cette année et c’est ce qui m’a personnellement donné «la piqûre» pour l’évaluation dynamique en orthophonie et ce, même si je ne cotoie pas des enfants difficiles particulièrement!). 

 

  • Pour en savoir plus sur Vygotsky et comment intégrer sa théorie dans mes thérapies, je consulte le livre « Les outils de la pensée« . Une lecture à ne pas manquer !
Référence complète :  Hasson, N., Joffe, V.(2007) The case for dynamic assessment in speech and language therapy. Child Language Teaching and Therapy 23: 925.
Trouvé via:   http://clt.sagepub.com/content/23/1/9.abstract?ijkey=4ba4a0324f5439631944873fa39966c798ada17f&keytype2=tf_ipsecsha

 

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