L’orthophoniste et les tests normalisés

iStock_000021790985_Small-e1365273483986Titre de l’article: L’orthophoniste et les tests normalisés (Lefebvre, P., Trudeau, N., 2005) – Revue Fréquences.

Pourquoi on s’y intéresse ? : Parce que les tests normalisés font partie intégrante de la majorité des évaluations orthophoniques typiques et qu’il est important de refaire le point sur notre utilisation de tels outils. Ce court article paru dans la revue Fréquences en 2005 devrait être lu par tout orthophoniste avant l’utilisation d’outils formels puisqu’il permet de revenir sur les notions fondamentales liées à leur utilisation, les précautions et mises en garde dans l’administration et l’interprétation des résultats !

Résumé de l’article et points à retenir 

Dans quel but utiliser un test normalisé ?

– Les tests normalisés permettent aux orthophonistes de savoir si un usager obtient de résultats significativement sous la norme ou non à l’épreuve administrée. Leur utilisation n’est PAS recommandée pour établir des objectifs d’intervention. Pourquoi ? Le nombre limité d’items dans un test ne couvre pas toutes les habiletés de communication NI toutes les formes possibles d’habiletés. Le contexte dans lequel sont administrés les items ne reflètent pas la réalité quotidienne de l’usager et pourraient donc ne pas refléter les objectifs et besoins RÉELS de celui-ci.

– La passation répétée d’un test est déconseillée pour mesurer un progrès, établir un pronostic ou vérifier de l’efficacité d’une intervention. Il peut d’abord y avoir un effet d’apprentissage de l’usager, et les tests ne sont pas construits pour mesurer un changement SUBTIL dans un comportement (même si cliniquement significatif!)

Précautions: les caractéristiques de l’usager et le choix de mon test normalisé

– L’orthophoniste doit vérifier si l’âge, le niveau socioéconomique, la langue et la culture de l’usager évalué correspondent à ceux de l’échantillon qui a servi à bâtir les normes du test.

– Vous le savez déjà, peu de tests normalisés existent pour une population franco-québécoise (mais il y en a de plus en plus comme vous avez pu le constater dans ce billet !) On garde en tête que les traductions et adaptations nuisent à la validité de l’interprétation. Les auteurs mentionnent que les normes de la version originale ne peuvent carrément PAS être utilisées, rendant les scores bruts ininterprétables. Ces tests adaptés ne peuvent donc que fournir des informations descriptives partielles sur l’usager.

– On tient compte des habiletés motrices, communicatives et attentionnelles de l’enfant dans le choix du test puisque toute modification de ces procédures rendent la performance difficile à comparer aux normes du test.

Choix d’un test: les propriétés psychométriques des tests normalisés (psycho-quoi? C’est facile, promis!)

– Certains indices, souvent dans les manuels de l’utilisateur, peuvent nous aider à juger de la qualité psychométrique d’un test (et nous permettre d’impressionner nos collègues sur l’heure du dîner !) ; taille de l’échantillon, sélection des participants, nombre suffisant d’items mesurant un comportement, fidélité test-retest, corrélation entre les sous-tests évaluant une même composante du langage, fidélité inter-juge,…(Mais, comment savoir si la taille de l’échantillon est bonne ? Comment savoir si la corrélation est bonne ? Et la fidélité test-retest c’est quoi? On vous a promis que ce serait facile, continuez votre lecture jusqu’à la section  »dans mon bureau » et tout deviendra plus clair!)

Comment bien administrer un test normalisé ?

– Les procédures standards de passation décrites dans le manuel de l’utilisation doivent être rigoureusement respectées par l’orthophoniste pour pouvoir en utiliser les normes. Ceci inclus l’exactitude des consignes verbales, le nombre de répétitions possibles de la consigne, les stimuli ou types de renforcement permis, etc. (Psst : Sinon, on fait ce qu’on appelle de l’évaluation dynamique du langage. Je vous dévoile qu’il s’agira du sujet de mon prochain billet!)

– Les conséquences des adaptations apportées doivent être comprises et énoncées clairement dans les rapports d’évaluation.

Cote z, score standardisés, score d’équivalence, rangs centiles…: Comment bien interpréter les résultats des tests normalisés ?

– Le score d’équivalence ne correspond PAS au niveau de fonctionnement global d’un usager dans sa vie quotidienne. Il signifie seulement que sa performance au test X est comparable à la moyenne des scores des enfants de cet âge. Les scores standardisés permettent des conclusions plus claires : ils comparent le score d’un usager à la distribution théorique de TOUS les scores dans sa tranche de population. Ceci et présenté sous forme de rang centile (pourcentage de personnes qui ont un score inférieur à celui de l’usager) ou cote z (écart-type entre le résultats de l’usager et la norme).

– Il faut être prudent lorsque plusieurs tests normalisés sont utilisés pour établir le profil global d’un enfant. Chaque test comporte une marge d’erreur qui fait en sorte que les résultats peuvent se chevaucher.

Dans mon bureau :

– Ça fait beaucoup d’information d’un coup ? On y a pensé ! On vous a créé un Aide-mémoire «Tout cuit dans le bec» à imprimer et à utiliser. Tout ça, pour vous assurer que vous avez bien choisi et bien utilisé vos outils formels et bien interprété les résultats pour chaque évaluation. (Un résumé d’un résumé! Vraiment, plus d’excuses pour ne pas appliquer les données probantes à notre pratique!)

– Je me souviens que les informations des tests normalisés peuvent contribuer partiellement à établir la conclusion orthophonique et la sévérité du problème (Nous sommes orthophonistes et la majeure partie de nos évaluations repose sur notre jugement clinique, il ne faut pas l’oublier!).

Référence complète :   Lefebvre, P., & Trudeau, N. (2005). L’orthophoniste et les tests normalisés. Fréquences, 17(2), 17–20.

Trouvé via:   Cet article est disponible gratuitement pour tout orthophoniste membre de l’Ordre des orthophoniste et audiologistes du QuébecPour l’accès à cet article, rendez vous sur le portail de l’OOAQ (MAIA) et utilisez l’outil de recherche par mot-clé pour trouver un document spécifique (case à droite de l’écran, accompagnée de la loupe bleue). Tapez le mot-clé « tests » comme mot-clé afin accéder au document «L’orthophoniste et les tests normalisés». 

 

 

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4 réflexions sur “L’orthophoniste et les tests normalisés

  1. Je crois que ce sont des éléments à garder en tête lors du choix des outils d’évaluation (et surtout de l’interprétation). Je me questionne beaucoup au sujet de l’évaluation du lexique expressif. En effet, nous avons le MacArthur pouvant le quantifier jusqu’à 30 mois et l’EOWPVT-R ayant des « normes » franco-québécoises à partir de 5 ans. Quels outils suggérez-vous pour évaluer cette composante langagière chez les enfants entre 30 et 60 mois? Je sais qu’il y a toujours l’EOWPVT avec les normes américaines, mais je trouve cela étrange de comparer le lexique de nos clients avec ces normes… Que proposez-vous donc?

    • Bonjour Katherine !

      Merci beaucoup pour votre question ! En effet, comme vous le soulignez, nous n’avons pas encore au Québec des tests normalisés avec une population québécoise pour toutes les composantes du langage que nous évaluons en orthophonie. Personnellement, pour le vocabulaire expressif, j’utilise l’EOWPVT comme vous. Et comme il est inscrit dans le billet, je ne prends les résultats qu’à des fins « descriptives partielles ». Tant qu’on sait ce qu’on fait avec un test (ex. : qu’on l’a traduit, que les normes standardisées ne sont plus valides, etc.), je crois qu’on peut l’utiliser. Toutefois, il faudrait chercher (comme vous le faites déjà !), à utiliser d’abord les outils normalisés au Québec. Il y en a déjà plusieurs, mais aucun pour le vocabulaire expressif en ce moment. J’utilise souvent aussi l’EVIP pour la partie réceptive en utilisant les nouvelles normes franco-québécoises (http://209.217.105.25/english/resources/detail.asp?ID=996) qui donnent un bien meilleur portrait du développement du vocabulaire de l’enfant. Si un déficit est identifié au réceptif, il arrive que je n’évalue pas l’expressif. Enfin, je n’en connais pas, mais il serait intéressant de voir ce que les orthophonistes en France utilise pour évaluer le vocabulaire. À choisir, Elin Thordardottir, chercheuse à McGill, semblait de beaucoup préférer que les orthophonistes québécoises utilisent les tests français plutôt que des tests américains traduits. Évidemment, tout ceci ne constitue que mon opinion. Je serais intéressée à voir si d’autres orthophonistes (incluant des chercheurs !) ont d’autres solutions de rechange à proposer.

      Bonne réflexion ! Bonne continuité !

  2. Pingback: Objectifs morphosyntaxiques : quoi choisir ? selon quels critèr | Tout cuit dans le bec

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